Emmanuel de Waresquiel, sept jours.

  • « Les commencements de la Révolution sont ceux d'une extraordinaire accélération de l'histoire. Les événements s'y bousculent dans un luxe d'acteurs, d'envolées, de confusion et de coups de théâtre. Ce qui s'est passé à ce moment-là n'est intelligible que si l'on restitue les faits dans une séquence fondatrice.

    « Trois événements, liés entre eux et par lesquels tout advient, n'avaient jamais été racontés en tant que tels. Le mercredi 17 juin, les députés du tiers état s'érigent en "Assemblée nationale". Le samedi 20, ils jurent de ne jamais se séparer avant d'avoir donné une constitution à la France. Le mardi 23 juin, ils envoient promener le roi, sa Cour et ses soldats. "Nous sommes ici par la volonté du peuple et nous n'en sortirons que par la force des baïonnettes." Et le roi cède.

    « La Révolution s'est jouée et accomplie en sept jours et cinq décrets. Son destin, ses héritages y sont comme scellés. Jusqu'à la guerre civile. Jusqu'à la Terreur. »

    Le dernier opus d'Emmanuel de Waresquiel, enrichi d'abondantes sources inédites, change radicalement notre lecture de la Révolution. L'auteur raconte « ses » sept jours tambour battant en un récit alerte qui se lit comme un roman à suspense.

  • "De son vivant, personne n'a su exactement quels gens il voyait, quels livres il lisait, quels voyages il faisait. Il se dérobait d'instinct, usait sans cesse de diminutifs, d'acronymes, d'anagrammes, changeait de langue et de nom au point d'en avoir adopté plus de deux cents : Dominique, Mocenigo, Bombet, Cotonet, Esprit, William Crocodile, Choppier des Ilets, le comte de l'Espine, F. de Lagenevais et bien sûr Stendhal, dont il fait son nom de plume en 1817. Tous sont le même Henri Beyle multiplié à l'infini comme le serait l'image déformée d'Orson Welles dans la grande scène finale des miroirs de La Dame de Shanghai. La police de Fouché, le très efficace ministre de Napoléon, n'explique pas tout. Stendhal s'amuse. Il s'invente en facétieux, par jeu, par moquerie peut-être, par pudeur certainement. 'Comment m'amuserai-je quand je serai vieux, si je laisse mourir la bougie qui éclaire la lanterne magique?'"

  • Rien n'est plus évident qu'un événement lorsqu'il est advenu. Nous savons que ce sont les Bourbons qui vont prendre la place de Napoléon en 1814, inaugurant ce faisant une nouvelle période. La Restauration française n'est ni un retour à l'Ancien Régime ni une quelconque parenthèse ou un point d'arrêt à la marche du pays vers la république et la démocratie. Il s'agit plutôt d'une expérience inédite et très neuve. Une tentative originale de mettre un terme à la Révolution en la dépassant sans pour autant la nier.

  • « Fouché, bien sûr, ne m'était pas un inconnu. Fouché de Nantes, le bourgeois impécunieux, le petit professeur en soutane des collèges de l'Oratoire, Fouché le conventionnel, le tueur de roi, le proconsul de Nevers et de Moulins, le mitrailleur de Lyon, le tombeur de Robespierre et le cauchemar de Napoléon, le ministre de tous les régimes, l'inventeur de la police moderne, le bâtisseur d'État, le théoricien et l'homme d'action, l'aventurier, le conspirateur et le parvenu. Assurément l'un des hommes les plus puissants de son époque, en tout cas l'un des plus étonnants. Rares sont ceux qui inventèrent de nouvelles règles du jeu sans attendre la fin de la partie. Fouché a été de ceux-là. » Emmanuel de Waresquiel fouille jusque dans ses moindres recoins la vie d'un homme aussi dissimulé que contradictoire. À l'aide de larges fonds d'archives - dont beaucoup sont inédits -, il dessine le portrait brillant d'un incroyable personnage jusqu'ici incompris et desservi par sa légende noire. Il nous donne ce faisant un Fouché d'une surprenante actualité.

  • Il a fallu à la Révolution trois jours et deux nuits, du 14 au 16 octobre 1793, pour juger et exécuter Marie-Antoinette. Elle était condamnée d'avance. Ce face-à-face dramatique entre l'ancienne reine de France et ses juges dans la salle de la Liberté du Tribunal révolutionnaire de Paris tient tout à la fois du huis clos, du dialogue de sourds et de l'épreuve de force. C'est bien sûr le procès d'une reine, c'est aussi celui d'une étrangère, c'est enfin celui d'une femme et c'est celui d'une mère. Emmanuel de Waresquiel le raconte, à la lumière de sources jusqu'alors inédites, en montrant tour à tour l'accusée et ses accusateurs, leurs peurs, leurs courages et leurs certitudes, leurs fantasmes et leurs haines. Il en fait à la fois un tournant de la Révolution et l'un des moments paroxystiques de la Terreur. Un miroir aussi, comme si tout était dessiné en noir et blanc : les hommes et les femmes, la vertu et la trahison, l'égalité et le privilège, la nation et l'Europe, la République et la monarchie. Les grandes fractures françaises ont en commun d'avoir été des tragédies. Elles font de ceux qui s'y débattent des personnages de la 25e heure. Victimes et bourreaux n'ont plus de prise sur leur destin.

  • Cent Jours

    Emmanuel de Waresquiel

    • Fayard
    • 27 Août 2008

    "Rien dans l'histoire n'a ressemblé à ce quart d'heure", a écrit Victor Hugo.
    Il est vrai qu'en un peu plus de trois mois, on n'avait pas encore vu une telle bousculade de régimes et de dynasties, de serments prêtés et reniés, de passions, d'enthousiasmes et de peurs. Napoélon débarque à Golfe-Juan le 1er mars 1815, il est à Paris, le 20. Dans l'intervalle, le régime des Bourbons s'effondre comme un château de cartes. Louis XVIII quitte Paris pour l'exil en Belgique dans la nuit du 19 au 20 mars, avec sa cour, sa maison militaire et ses ministres. Trois mois plus tard, Napoléon, battu à Waterloo le 18 juin, abdique le 22. Le pays se dote le même jour d'un gouvernement provisoire sous la direction de Fouché. Le 3 juillet, Paris capitule devant les armées de la coalition. Louis XVIII rentre pour la deuxième fois dans sa capitale, cinq jours plus tard. Les contre-jours sont toujours éclairants car ils accentuent les ombres et les reliefs. Les Cent-Jours ne sont pas seulement ceux de Napoléon, mais aussi ceux du roi, ils terminent moins l'Empire qu'ils n'inaugurent une sorte de second cycle de la grande Révolution de 1789. Ce que l'on appela alors "la révolution de 1815" porte en elle toutes les divisions françaises, toutes les révolutions à venir, celles de 1830, de 1848, de 1871.
    Dans cette partie serrée qui oppose Napoléon à Louis XVIII

  • « Vous me demanderez, pourquoi revenir à Fouché ? Fouché le petit professeur malingre des collèges de l'Oratoire, Fouché le conventionnel et le régicide, Fouché le missionnaire terroriste de Nevers et de Lyon, l'iconoclaste et le mitrailleur, Fouché le ministre de la Police de tous les régimes, l'homme des réseaux, de la coulisse et des peurs, la pieuvre et l'araignée, celui dont on aperçoit mal les pouvoirs tant ils sont nombreux, qui n'a existé que par eux et qui a fini par mourir de les avoir perdus.

    « On devrait éviter de remuer encore ce genre de cadavre. J'étais moi-même un peu sceptique et peu enthousiaste quand j'avais pris le parti, en 2008, de lui consacrer une biographie. À la lumière de ce qui m'est récemment passé entre les mains, Fouché n'échappe pourtant pas à de nouvelles explorations. Les personnages de cette dimension valent souvent beaucoup mieux que leur légende, de celles qui en font de purs opportunistes, des hommes de surface, bons nageurs et connaissant les courants.

    « Il en va de Fouché comme des boîtes à secrets japonaises ou des poupées russes. S'il est un fil conducteur à ce nouvel essai, c'est bien celui du secret : secret de sa vie de famille, de ses liens avec sa femme et ses enfants, secret de ses souvenirs, secret des rapports troubles et ambigus qu'il a longtemps entretenus avec les élites et la noblesse d'Ancien Régime, secret de l'argent et du financement de sa police, secret de la police elle-même, de son organisation, de son action, de sa doctrine, secret de son association jalouse, soupçonneuse et parfois dangereuse avec Napoléon. »

  • Le portrait de notre époque sous la plume de l'un des plus grands historiens contemporains.
    Au miroir de l'histoire, l'actualité s'éclaire. Mêlant sujets graves et légers, Emmanuel de Waresquiel nous parle, avec finesse et humour, de notre indispensable besoin d'histoire. Une manière savoureuse et insolite de prendre l'air du temps.

  • Portrait d´une artiste et d´une femme d´exception, le livre d´Emmanuel de Waresquiel paraît dans la collection « Documento » à l´occasion de l´ouverture de l´exposition « Félicie de Fauveau, l´amazone de la sculpture » à partir du 11 juin 2013 au musée d´Orsay.Égérie sulfureuse et aventurière, fervente légitimiste, artiste passionnée reconnue par Stendhal, Dumas, Balzac et Théophile Gautier, Félicie de Fauveau évoque un pur personnage de roman. Emmanuel de Waresquiel entreprend ici de sortir de l´ombre cette marginale à la destinée extraordinaire trop longtemps méconnue, dont l´oeuvre sera prochainement mise à l´honneur au musée d´Orsay.

    Née à Livourne en 1801 et morte à Florence en 1886, Félicie de Fauveau a porté le rêve anachronique d´une monarchie idéale de droit divin, défendant sans relâche la cause des Bourbons. Elle a été une de ces conspiratrices, amazones, aventurières de l´impossible. Elle s´est battue à cheval, le pistolet à la ceinture, vêtue à la façon des hommes. Elle croyait au destin glorieux d´un jeune roi qui ne régnera jamais, et finira comme elle sa vie en exil. Une marginale, aussi dans la diversité équivoque de ses amours. Son premier amant fut fauché à vingt ans par une balle républicaine. La passion l´attacha ensuite pour longtemps à Félicie de La Rochejaquelein, relation de femmes réprouvée par les normes sociales de l´époque.

    Sculptrice de grand talent, elle transforma les idéaux de sa jeunesse en une esthétique romantique inspirée du Moyen Âge et de la Renaissance. On a vu en elle un Benvenuto Cellini moderne, et elle fut sollicitée par tous les rois et les princes d´Europe. Mêlant la sensibilité de l´écrivain à la rigueur de l´historien, Emmanuel de Waresquiel s´emploie avec brio à enfin réhabiliter cette figure du XIXe siècle.

  • Emmanuel de Waresquiel s'emploie avec brio à sortir de l'ombre et à nous faire aimer une grande artiste méconnue du XIXesiècle, qui fut aussi une femme d'exception.0300C´est une grande artiste, à la fois égérie, aventurière et passionnée, qu´Emmanuel de Waresquiel a entrepris de sortir de l´ombre, à l´heure où plusieurs expositions dédiées à l´oeuvre de Félicie de Fauveau sont en préparation en France et à l´étranger. Son livre retrace la destinée romanesque d´une marginale, comme le fut à sa manière Camille Claudel. Née à Florence en 1801 et morte en exil à Florence quatre-vingt-cinq ans plus tard, en 1886, Félicie de Fauveau a porté en elle le rêve meurtri, fou et anachronique d´une monarchie idéale en plein siècle de la démocratie et du positivisme. Elle appartient à la caste sulfureuse des conspiratrices, des amazones, des aventurières de l´impossible. Elle s´est battue pour une cause perdue d´avance dans le bocage vendéen, en 1832, à cheval, le pistolet à la ceinture, vêtue à la façon des hommes. Elle a cru au destin glorieux d´un jeune roi qui ne régnera jamais et finira, comme elle, sa vie en exil. Elle a été ce qu´on appelait à l´époque légitimiste, défendant la cause d´une vieille dynastie tombée une première fois le 10 août 1792, puis une seconde fois au pied des barricades de la révolution de juillet 1830. Cet exil, Félicie l´a aussi connu dans la diversité parfois équivoque de ses relations amoureuses. Le premier homme qu´elle a aimé a été tué a vingt ans, fauché par une balle républicaine, en défendant la même cause qu´elle. La femme auprès de qui elle s´est abandonnée avec passion, avec fureur, est longtemps restée dans le secret de son trouble et de son admiration, parce que l´époque le voulait ainsi, parce que personne alors n´aurait compris le sens profond de la vie partagée de deux femmes égarées dans un rêve commun. L´une était le « maître » et l´autre son « écuyer ». Félicie de Fauveau ne s´est jamais mariée et a vécu de son seul travail. En plein XIXesiècle, elle a fait le choix difficile de l´indépendance et de l´insoumission. Sculptrice étonnamment douée, elle a transformé, dans ses ateliers de Paris puis de Florence, les idéaux de sa jeunesse en une esthétique romantique inspirée du Moyen Âge et de la Renaissance, qui lui a valu d´être remarquée et appréciée par Stendhal, Alexandre Dumas, Balzac et Théophile Gautier. On a vu en elle un Benvenuto Cellini moderne. À Florence, bien que proscrite, elle a travaillé pour les rois et les princes de presque toute l´Europe. Mais son image de pasionaria et de rebelle a nui à sa reconnaissance officielle. Aujourd´hui, comme ce fut le cas pour Camille Claudel, le temps est venu de la réhabiliter. Emmanuel de Waresquiel s´y emploie avec brio, mêlant la sensibilité de l´écrivain à la rigueur de l´historien, pour nous faire admirablement découvrir son héroïne et l´aimer à notre tour.0300À l´heure où plusieurs expositions dédiées à l´oeuvre de Félicie de Fauveau sont en préparation en France et à l´étranger, Emmanuel de Waresquiel a entrepris de sortir de l´ombre cette grande artiste. Née à Florence en 1801, cette sculptrice étonnamment douée a transformé, dans ses ateliers de Paris puis de Florence, les idéaux de sa jeunesse en une esthétique romantique inspirée du Moyen Âge et de la Renaissance, qui lui a valu d´être remarquée et appréciée par Stendhal, Alexandre Dumas, Balzac et Théophile Gautier. Félicie de Fauveau appartient à la caste sulfureuse des aventurières de l´impossible. Elle a porté en elle le rêve meurtri, fou et anachronique d´une monarchie idéale en plein siècle de la démocratie et du positivisme. Ce livre retrace la destinée romanesque d´une marginale, comme le fut à sa manière Camille Claudel.

  • « Dès le départ, le duc de Bordeaux est unique, solitaire et fragile. Il est d'abord l'enfant du martyre, celui de son grand aïeul Henri IV assassiné par Ravaillac en 1610, celui de son oncle Louis XVI bien sûr, et enfin celui de son père également poignardé par le dernier régicide de l'histoire de France. Lourde hérédité, l'hérédité du malheur et de la tristesse. Mais Bordeaux est aussi l'"enfant du miracle", l'enfant qu'on n'espérait plus sept mois après la mort de son père, le seul à pouvoir continuer la race et permettre à ses partisans de rester dans l'Histoire. Le martyre et le miracle, ces deux fées un peu insolites, vont l'accompagner tout au long de sa vie. À dix ans, le jeune prince s'embarque à Cherbourg avec la famille royale pour un exil qui ne finira qu'à sa mort en 1883. Son grand-père et son oncle ont abdiqué en sa faveur. Il était duc de Bordeaux en quittant la France, il devient en exil le comte de Chambord, en souvenir de la donation du domaine du même nom faite par souscription à sa naissance. Tous les espoirs des royalistes convergent vers lui et l'engouement de ses partisans prend des allures de voeu et de prière. Dès lors, le temps du roi restera celui des rêves et de l'exil. Il n'y aura pas de successeur. Le légitimisme de ses derniers partisans va finir par ressembler étrangement à une politique de la chute. Le "chambordisme" est une sorte de royalisme du désespoir, "dès lors que le principe incarné par un homme doit périr avec lui". » E. de W.

  • " En brossant à contresens le poil trop luisant de l´Histoire ", pour reprendre l´expression de Walter Benjamin, Emmanuel de Waresquiel, fort de ses travaux sur le premier XIXe siècle, se demande dans ce court essai pourquoi et comment l´écriture de l´Histoire a influencé le long terme de nos significations historiques en créant de toutes pièces les éléments d´une culture politique et sociale fortement clivée, qui a façonné un peu de cette " exception " française restée vivante jusqu´à nos jours.

    Pourquoi, après l´Empire, sous la Restauration, jusqu´à la IIIe République, l´enjeu des élites et du pouvoir s´est-il situé du côté de la maîtrise du passé de la Révolution ? En quoi l´omniprésence d´une Révolution revisitée, voire rejouée comme sous les Cent-Jours, a-t-elle favorisé en France une culture de l´affrontement aux dépens d´une culture du compromis ? Comment la Nation, la Patrie, le Peuple, le Drapeau, la Gloire, la Liberté sont-ils devenus progressivement les atouts d´une mémoire déformée, voire transformée, au point, par exemple, qu´une défaite comme celle de Waterloo devienne la victoire du courage et de l´énergie français ou que les Bourbons soient assimilés pour toujours aux " fourgons de l´étranger " ?

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