Grasset

  • Les aventures qui nous sont contées dans ce livre troublant appartiennent à l'Histoire.

    On rencontrera ici une orpheline de douze ans, Anne, qu'on élève par charité dans un couvent, avant de la placer chez une personne singulière. Pieuse avec passion, la petite découvre peu à peu que l'extase n'est pas son lot. Pour forcer l'inconnu, elle suit ses maîtres dont les agissements la mèneront, droit au sabbat, au grand jeu de l'enfer et des maléfices.

    Élisabeth, elle aussi, est élevée dans la piété la plus rigoureuse. C'est après son veuvage qu'elle s'abandonne, avec des soubresauts, au vertige d'un amour défendu. Charles, qu'elle aime et qu'elle hait à la fois, paiera de sa vie cette passion démoniaque dont il est possédé, tandis qu'Élisabeth, exorcisée, fondera un ordre de filles repenties.

    Jeanne, enfin, est une vieille bohémienne, issue d'une lignée de " sorcières " de village, ces boucs émissaires qui paient épisodiquement pour les péchés de tous. De passage dans la région, le célèbre juriste Jean Bodin instruit lui-même ce procès, à titre d'expérience, avant d'écrire sa Démonomanie. Sous ses yeux, Jeanne se condamnera lucidement, fatalement, au b-cher, comme si elle répondait à un appel plus profond qui concerne chacun de nous, comme si nous étions frères dans le mal.

    Trois âges de la nuit. Trois étapes sur le chemin d'une sorte de sainteté à rebours, une tentation obsédante qui ne nous est pas étrangère, car elle demeure de tous les temps. Trois personnages qui ressemblent, par bien des aspects, à certaines héroïnes de Françoise Mallet-Joris et trouvent leur place dans son univers romanesque.

  • Allegra

    Françoise Mallet-Joris

    • Grasset
    • 6 Septembre 1978

    Aux yeux de ses parents, de ses soeurs, Allegra passe pour " jolie, parfaite, un peu indifférente ". Elle vient de se marier : on lui prédit un avenir à son image, calme et souriant. En vérité, qui est Allegra derrière cette douceur limpide ? Il suffira d'un gosse de quatre ans, un petit garçon arabe, muet, abandonné des jours entiers dans la cour de son immeuble, pour changer bientôt son existence. Entre cet enfant qui se tait et cette jeune femme qui se cherche, il naît une passion merveilleuse. Leurs après-midi silencieux sont des aveux, leurs promenades des chansons et des aventures. Ils sont hors du monde.

    Autour d'eux, pourtant, tout s'écroule et change. La famille d'Allegra, que troublent d'étranges révolutions intérieures, organise une véritable conspiration à son propos ; on en découvre peu à peu les rebondissements qui rendent passionnant ce livre au dénouement soudain, et imprévisible. Car à quoi rêvaient donc le petit Rachid et Allegra, toujours souriante, " si jolie, un peu indifférente " ?...

    Jamais Françoise Mallet-Joris n'avait cerné à ce point un personnage tout en lui laissant le flou de son énigmatique vérité. Le tour de force et la maîtrise d'une romancière exceptionnelle s'imposent à l'évidence une fois encore. On dirait que cette oeuvre dense a fixé quelque chose de plus qu'une histoire : le désarroi d'une société à la dérive dont Allegra et les siens seraient les saisissants reflets.

  • Dickie-roi

    Françoise Mallet-Joris

    • Grasset
    • 1 Mars 1986

    De la jeune Hélène du Rempart des béguines au petit enfant muet d'Allegra, tous les héros de Françoise Mallet-Joris ont laissé dans notre mémoire un souvenir qu'elle a su rendre inoubliable. Ici, c'est tout un monde qu'elle nous peint, le monde du show-business qui reste pour beaucoup d'entre nous si mystérieux.

    Qui est Dickie-Roi ? "L'Archange de la chanson, celui qui chante l'amour ", annoncent les affiches. Cheveux blonds saupoudrés d'argent, visage angélique, à peine apparaît-il sur scène que la salle tout entière lui adresse des cris qui sont comme des prières. Tout de suite un mystère s'accomplit et la cérémonie sacrée commence.

    De chapiteaux en théâtres municipaux, d'arènes en théâtres de verdure, la tournée de Dickie est marquée par mille épisodes burlesques ou dramatiques, pitoyables ou attendrissants, et n'est pas sans rappeler l'équipée du Capitaine Fracasse. Autour de ces nouveaux comédiens ambulants, directeurs artistiques, régisseurs, musiciens, etc., nous faisons connaissance avec le petit monde si mal connu des fans : jeunes ou moins jeunes, riches ou pauvres, et parfois presque enfants comme cette petite Pauline qui vit là à sa première grande aventure. Mais derrière Dickie-Roi il y a Frédéric Roy, le fils d'une commerçante de province, qui va se découvrir à nous, à travers les feux de la rampe et les bravos, avec ses doutes, ses nostalgies, ses ivresses, ses regrets, son innocence, et quand, victime d'une campagne de presse, l'idole en lui se sent menacée, la rupture s'accomplit et Frédéric ne supporte plus l'image de Dickie. Réfugié dans un château qui abrite une secte dirigée par un étrange personnage, Dickie n'arrive pas à assumer son destin, il est broyé par lui. Mais l'espoir est là, avec la petite Pauline, la jeune fan de seize ans qui, au cours de cet été tragi-comique, aura commencé à découvrir le monde.

    Aux couleurs de la tendresse, de l'humour et de la lucidité, le roman laisse un sillage tragique : comment ne pas craindre pour une société où le besoin d'amour ne peut s'assouvir qu'auprès des idoles ?

    Il fallait être une femme de coeur doublée d'un grand écrivain pour saisir, derrière des manifestations qui pourraient paraître puériles, la détresse des hommes et des femmes d'aujourd'hui, l'angoisse des jeunes qui, tentant de fuir un monde glacé, veulent encore aimer...

  • Une fois, déjà, Françoise Mallet-Joris a fait une pause dans son oeuvre romanesque : ce fut la Lettre à moi-même. Elle y démontrait qu'elle pouvait aussi exceller dans l'art difficile de la confidence sans complaisance. Voici à présent un ouvrage de la même veine, mais celui-ci est composé autour d'un lieu commun, d'un décor : c'est " la maison de papier ", ainsi baptisée parce que la demeure de Françoise Mallet-Joris et des siens ressemble à ces " maisons japonaises si mal fermées ", où chacun peut entrer à sa guise, foyer, refuge, abri pour tous ceux qui s'y plaisent.Ce livre est donc un tableau de l'existence quotidienne dans un ménage d'artistes. Le mari est peintre, la femme est écrivain et lectrice dans une maison d'édition. Ils ont deux garçons et deux filles. Des « employées de maison » se succèdent. Beaucoup d'amis - ceux des enfants aussi bien que des parents - vont et viennent, certains que l'on invite et d'autres que l'on accepte. Il y a aussi les visiteurs imprévus, quelques voisins. N'oublions pas les animaux : chien, chat, pigeon, merle, poisson rouge. Cela fait déjà beaucoup de monde, mais Françoise Mallet-Joris ajoute les personnages qu'elle voit régulièrement au-dehors, comme Mme Josette, la déconcertante coiffeuse rationaliste.Les enfants tiennent la première place. L'auteur utilise le dialogue comme moyen d'éducation, et elle avoue trouver là le moyen de clarifier ses propres idées sur les grands problèmes de base. La vie professionnelle n'est pas oubliée, ni les préoccupations religieuses et sociales, qui transforment peu à peu ce livre en une critique des moeurs actuelles et, mieux encore, en une enquête sur la justice et la vérité, l'amour de Dieu et l'amour du prochain, le bonheur et la joie. On ne verse jamais dans l'abstraction : tout repose sur des expériences directes.Beaucoup de lecteurs, sans doute, auront l'impression de se trouver chez eux dans " la maison de papier ", comme s'ils faisaient partie de cette famille. C'est que Françoise Mallet-Joris a le don de préserver, avec une sincérité jamais en défaut, le frémissement de ses émotions, de ses doutes, la fraîcheur de ses étonnements, l'ironie du regard qu'elle pose sur ses semblables, aussi bien que la gravité de sa foi. Rare talent qui sait traduire, sans avoir l'air d'y toucher, le naturel de la vie.

  • Dans un village du Contentin, un homme creuse un trou depuis des années, à la recherche d'un trésor. C'est un fait divers, une curiosité, une aventure, un exemple aussi. Ce " sujet " tout trouvé ranime soudain l'imagination de Robert, écrivain dispersé qui se laisse aller aux besognes quotidiennes, à la facilité de l'article de commande, du cachet, de l'émission, de tous les services à rendre qui finissent par ronger le temps d'un romancier, surtout quand il doute de lui. Entre sa femme Catherine et Reine, sa maîtresse, pour laquelle il écrit des chansons, Robert s'était bâti une petite vie tranquille, au jour le jour du hasard et de la démission heureuse. Et voici que la découverte fortuite de ce personnage inconnu vient bouleverser son existence. Pour écrire son nouveau roman, après un si long silence, il envoie paître les amis, les parasites, les employeurs. Il va même fuir sa famille, rompre avec sa maîtresse et tenter de se retrouver devant le papier nu, presque seul, soutenu par une vieille fille un peu folle qui s'est instituée sa " documentaliste " vigilante, caricature de muse.

    Délaissée, Catherine croit qu'elle n'aime plus son mari, et leurs intimes, sans se l'avouer, ne lui pardonnent pas de leur échapper, de n'être plus conforme à l'idée qu'ils se formaient de lui et de son échec. Mais peut-on ruser longtemps avec le destin et soi-même ? Qui sait s'il y a un trésor au fond du souterrain ? Qui sait si Robert pourra mener à bien le livre qui s'embourbe déjà, le jeu qui ne l'amuse plus ? L'existence, trop souvent, n'est qu'une " longue remise au lendemain des choses importantes ", et tout finit par rentrer dans l'ordre rassurant de la banalité. Catherine, infidèle par dépit, revient à son époux ; la famille se ressoude, le bonheur n'aime pas les situations exceptionnelles. Là-bas, au village, on comblera les galeries sans doute et Robert, s'il va jamais rendre visite à son modèle d'un moment, n'en fera plus que le but d'une promenade et le terme d'un rêve impossible.

    Sur ce thème d'une ingénieuse richesse - qui lui permet de nous confier, chemin faisant, ses idées sur la création, la littérature aujourd'hui, le métier d'écrivain, l'espoir, l'illusion, l'amour, les renoncements et les joies - Françoise Mallet-Joris a construit un roman à facettes, tout en nuances de tendresse et d'ironie. Les personnages foisonnent, pittoresques, attachants, pitoyables, les histoires se mêlent, les portraits se succèdent et, derrière l'écran d'un réalisme familier, sans cesse éclairé par l'humour et la satire, on devine l'ombre d'une sagesse, d'une réflexion, dont la gravité souriante n'étonnera pas les innombrables lecteurs de la Maison de papier.

  • Françoise Mallet-Joris n'est pas de la race de ceux qui écrivent éternellement le même livre. Au contraire, dans son oeuvre, c'est la diversité qui frappe. Le roman glacé, classique, le roman proche du réalisme balzacien, le roman historique, la confession..., en dix ans, elle semble avoir tout abordé, avec la s-reté d'un écrivain qui domine facilement son sujet.

    Il y a pourtant, à travers tous ses ouvrages, un courant qui ne varie pas, une sorte d'inquiétude souterraine, mais constante et forte. Avec Les signes et les prodiges, pour la première fois, Françoise Mallet-Joris se " découvre ", comme on le dit des lutteurs. Elle livre une part de ses secrets : ceux d'une âme tourmentée qui ressemble peut-être un peu à la sienne.

    Certes, ce nouveau livre est un roman, composé avec un soin d'orfèvre par une artiste qui connaît admirablement son métier ; c'est dire qu'il se lit d'une traite, et qu'on vit avec ses personnages, nombreux, typés, proches de nous. Mais, au-delà du roman lui-même, on se pose des questions. Pourquoi Nicolas quitte-t-il une situation confortable pour s'engager dans une folle histoire de reportage hypothétique ? Pourquoi entraîne-t-il dans son aventure une jeune femme qu'il ne croit pas aimer ? Pourquoi ce pari avec lui-même, cette gageure ? Fuit-il un passé qui lui pèse ? Obéit-il au seul go-t du renouveau, ou de l'inconnu ? Se laisse-t-il porter par les " prodiges " du hasard, ou répond-il, au contraire, à quelque " signe " dont il comprend mal le sens ? Est-ce bien lui qui est appelé, ou n'est-il destiné qu'à servir lui-même de " signe " pour d'autres ?

    Autant de points d'interrogation qui resteraient sans réponse si l'on ne devinait ici une nécessité, derrière l'absurde des apparences, des contradictions ; si l'on ne reconnaissait dans ce livre envo-tant et passionné, les exigences d'une foi.

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