Éditions Mélanie Seteun

  • Depuis la fin du xixe siècle, la sociologie de la musique (dont Max Weber fut un pionnier) a voulu montrer que « la musique, c'est toujours plus que de la musique » ; que, « fait social total » (notion empruntée à Marcel Mauss), elle fait entendre un écho de la société dans laquelle elle est produite tout en influant sur sa vie collective. L'ethnomusicologie s'est ensuite attachée à rendre compte de la place et du rôle de la musique dans des sociétés où elle est transmise oralement, pour s'ouvrir plus récemment à toutes sortes de genres. Parallèlement, s'est développée une sociologie des musiques populaires qui a étudié, entre autres, les mécanismes de sa production et de sa diffusion, les paroles des chansons et ses significations sociales. Ce livre, qui se rattache à cette dernière discipline sans négliger les enseignements des précédentes, présente une conception de ce que la sociologie des musiques populaires peut apporter à la compréhension des phénomènes sociaux et politiques. Il propose en outre des études de cas, échelonnées dans le temps, réparties dans l'espace, qui abordent les questions de la créolisation des musiques dans des sociétés modelées par le colonialisme et envisage notamment les héritages de l'esclavage inscrits dans les genres populaires aux xxe et xxie siècles, tout en illustrant certaines perspectives et méthodes. Ces études portent sur différents répertoires de musique sud-africaine, de musique antillaise, de musique afro-étatsunienne pour finir par une réflexion sur le phénomène de la world music.

  • Les années 1970 et 1980 virent l'émergence de deux mouvements consécutifs, identifiés sous leur forme consacrée « punk » et « post-punk ». Ces courants artistiques sont apparus d'abord aux Etats-Unis et en Europe et ont engendré rapidement des sous-cultures dans le monde entier. Cet ouvrage présente des contributions qui couvrent quatre décennies et trois continents, avec des études de cas sur des zones bien connues comme sur d'autres qui le sont moins (ex-Yougoslavie, Chine...), en ayant recours aux diverses méthodologies des sciences sociales (ethnographies des publics, archives, entretiens, analyse spatiale, etc.). Dépassant le cadre de l'apparition des mouvements punk et post-punk, les auteurs présentent des éclairages originaux qui permettent de comprendre ces gestes artistiques inscrits dans des contextes sociaux et politiques. Ce travail collectif propose des analyses des expériences des divers acteurs de ces scènes comme autant de manières de comprendre les sociétés contemporaines, tout en s'interrogeant sur la réception académique de ces mouvements.

  • Après les utopies fanées de la contre-culture et après les slogans brûlés des années punk, de quoi sont capables politiquement les musiques populaires au xxie siècle ? À rebours d'une pensée pessimiste ou nostalgique, cet ouvrage collectif entend démontrer la pertinence militante de ces musiques aujourd'hui, sans pour autant embrasser naïvement une tradition qui ne les considérerait que sous le jour glorieux de leur affiliation à de grands mouvements politiques. Les scènes musicales du xxie siècle déploient des pratiques organisationnelles et des répertoires tactiques originaux, capables de donner un souffle particulier à l'action politique. Les innombrables collaborations et médiations qui président à leur production et à leur réception, la malléabilité de leurs formes - et même l'opprobre dont elles peuvent encore être frappées - sont le terreau d'une praxis à la fois culturelle, sociale et affective. Les huit études de cas internationales rassemblées ici traitent, à partir d'horizons scientifiques divers, de différentes formes de mobilisation politique autour ou à l'aide des musiques populaires, en Europe, aux États-Unis, au Japon et en Iran : luttes syndicales de musiciens, organisation et politisation de scènes musicales locales dans un environnement globalisé, mobilisations sur le long terme et à l'occasion de mouvements sociaux. Penser les politiques des musiques populaires, c'est reconnaître d'abord la puissance des activités souterraines d'association et de partage qu'elles nourrissent, pour mettre au jour les chemins d'émancipation qui mènent de l'activité populaire ordinaire à l'engagement politique militant.

  • Analyse à la fois rigoureuse et nuancée, ce livre replace la Tecktonik et les danses électro dans l'univers des cultures jeunes et révèle les attentes de la jeunesse dans une société médiatique. L'été 2007, la Tecktonik a provoqué un véritable effet de mode auprès des adolescents et préadolescents. Des jeunes danseurs aux vêtements colorés et aux coiffures stylisées déferlent sur les écrans de télévision, les radios et les magazines, dansent dans les rues, les discothèques et les cours de collège. Mais les danses électro, toujours existantes à l'heure actuelle, se développaient en réalité depuis plusieurs années dans les discothèques et sur Internet, au travers des blogs et des réseaux sociaux. Cette enquête décrypte l'impact des industries culturelles et médiatiques aujourd'hui, tout en montrant le rôle de la créativité des jeunes, de leurs pratiques amateurs et des espaces qu'ils créent sur Internet. L'arrivée du web 2.0, des blogs et messageries instantanées dans les pratiques, la conquête d'une autonomie culturelle par les préadolescents, les nouvelles modalités de mise en scène et de construction identitaire à l'heure d'Internet, les processus de starification, sont autant de phénomènes passés au crible de l'analyse. Une plongée au coeur d'un phénomène juvénile qui, en associant étroitement pratiques numériques et pratiques musicales, manifeste de grandes tendances de la culture contemporaine.

  • Média ancien, fortement ancré dans les routines et les activités de la vie quotidienne, la radio est l'objet d'un fort investissement de la part des Français. Pourtant, l'intérêt scientifique à l'endroit des publics de la radio est relativement récent. On ne sait pas grand-chose de la structuration de cet univers, qui offre en France une diversité remarquable de stations privées musicales, jeunes (NRJ, Fun Radio, Skyrock...), adultes (Nostalgie, Virgin Radio, RTL2...), généralistes (RTL, Europe 1), de service public (France Inter, France Culture, France Bleu...) ou encore associatives. Appuyé sur une exploitation pionnière et inédite des données d'audience issues de Médiamétrie pour la décennie 2000, cet ouvrage intéressera les sociologues qui y trouveront une mise au jour du profil dominant de l'auditeur des radios privées musicales, une réflexion sur les investissements différentiels selon les types de radio, mais aussi une discussion serrée de la notion de grand public appliquée à cet objet, tout autant que les gens de radio qui y puiseront un outil de réflexion et de pilotage quant au champ de l'audience en France à travers le regard distancié et neutre de l'analyse. Enfin, cet ouvrage, sous-titre Sociologie d'une fragmentation, concernera tout citoyen souhaitant disposer du matériau nécessaire à une réflexion sur l'hétérogénéité contemporaine des publics d'un média - fortement structurée par l'âge en toute première instance - et désirant connaître le paysage français des affinités entre radios et groupes sociaux.

  • « D'une révolution à l'autre ». C'est le titre que Jeremy Deller avait choisi pour son exposition au Palais de Tokyo afin de souligner les liens inattendus entre le déclin de l'industrie manufacturière et la naissance de l'industrie musicale. Les contributions de chercheurs en sciences sociales, réunis ici sous la direction de Stéphane Dorin, et précédées d'un entretien avec Jeremy Deller, prennent toutes au sérieux les musiques populaires, dans leurs dimensions industrielles et commerciales, mais aussi dans leur propension à renouveler les pratiques culturelles, les politiques économiques et les esthétiques. Révolutionnaires, les musiques populaires le sont donc bel et bien, à la fois par leurs origines lointaines, dans la naissance du capitalisme industriel et commercial au xixe siècle, et par leur impact, numérique ou non, sur nos manières d'écouter, de voir et de vivre ensemble au début du xxie. D'une révolution à l'autre, les musiques populaires sont toujours aux avant-postes des transformations sociales à l'oeuvre dans les sociétés contemporaines.

  • Mieux comprendre les musiques amplifiées des deux côtés de cette Manche qui nous sépare, mettre en relief divergences et similitudes entre deux contextes et deux traditions de recherche. Je t'aime moi non plus ?! Vue de France, la Grande-Bretagne suscite des sentiments ambigus, où l'attraction pour la pop/rock britannique se double d'une répulsion marquée pour un marché de la musique perçu comme un parangon du libéralisme. Outre-Manche, notre paysage musical est considéré avec étonnement ou curiosité : entre les quotas radiophoniques protectionnistes en faveur de la chanson française et les musiques anglaises ou américaines dans les publicités, les débats constants sur la valeur culturelle de la pop et la nullité des Playlists...

  • Exception faite de quelques rares travaux, le monde du rock a souvent été observé à distance. Le phénomène de masse a prévalu sur la pratique concrète. Cet ouvrage vise à inverser cette tendance. À cette fin, il propose de s'intéresser à la réalité concrète de la pratique rock à partir d'un important travail d'ethnographie sociologique. Cette réalité se compose d'un mix hétéroclite d'acteurs, d'objets et de dispositifs. C'est la raison pour laquelle cette enquête de terrain s'emploie à dresser la morphologie d'une multiplicité d'objets produits par le monde du rock (instruments, disques, flyers, fanzines, etc.), à éclairer le fonctionnement et l'équipement d'un ensemble de lieux (locaux de répétition, salles de concerts, magasins de disques, studios d'enregistrement, etc.), à présenter la genèse et la fonction de certains dispositifs (répétition, concerts, politiques culturelles, programmes de soutien, circuits de distribution des oeuvres, etc.) et à recueillir le discours des acteurs (musiciens, disquaires, organisateurs de concerts, rédacteurs de fanzines, label managers, amateurs, etc.). À partir de quoi, la combinaison des données obtenues permettra de rendre compte du fonctionnement du monde du rock, dans sa double dimension d'expérience individuelle et collective.

  • Secteur professionnel, scènes locales, under­ground, acteurs publics s'y côtoient. Ils agissent parfois de concert, parfois de manière antagoniste. À la lecture de ce livre, on comprend ainsi de quelles manières et par quels mécanismes la musique que nous partageons quotidiennement est produite. Proposant une sociologie qui tient compte de données culturelles, sociales, historiques et économiques, cet ouvrage analyse les processus d'élaboration des musiques amplifiées en France. Il montre d'abord comment s'est structurée dès la première moitié du XXe siècle une industrie de la musique, centrée sur Paris, par la montée en puissance d'un secteur économique et l'institutionnalisation de fonctions spécifiques dans les secteurs du disque, des médias, et du spectacle. Il met ensuite en évidence la manière dont ont pu émerger, suite au développement générationnel de la pratique de ces musiques et à la structuration de scènes locales sur le territoire français, des sources de production et de diffusion se revendiquant alternatives à cette industrie. Enfin, à travers une enquête de terrain, il explicite comment se déploient aujourd'hui les cultures musicales amplifiées qui touchent à la fois, le plus souvent au sein de collectifs, des musiciens amateurs et d'autres qui cherchent à se professionnaliser. En interrogeant l'articulation entre phénomènes globaux et pratiques quotidiennes liées à la musique en France, l'étude met ainsi à jour comment les normes et les usages technologiques, économiques ou juridiques influencent la production de la culture.

  • La free party, projet de rave gratuite, apparaît historiquement comme une conséquence de la difficulté d'organiser une fête basée sur la musique techno. Tandis que la majeure partie du mouvement techno est animée par un désir de s'insérer dans la société, la free party témoigne au contraire d'une résistance à la socialisation amorcée par les raves payantes. Essaimant dans toute l'Europe, la free party techno donne à vivre une fête fonctionnant sur des principes nettement distincts de ceux établis par la culture dominante. À côté voire contre la société, suivant le degré de répression dont elle fait l'objet. L'intensité et la rugosité du son des free parties, l'étrangeté de la musique au regard de la production dominante ainsi que l'agressivité délibérée du message non verbal placent le bruit en position de concept clef pour saisir la signification du phénomène. La techno cumule toutes les dimensions du bruit, comme une provocation ultime au postulat conventionnel de la musique. Au-delà, la techno irrite les oreilles de notre société pour des raisons qui excèdent largement le cadre musical. Mais la musique accompagne et est à la source de cette controverse, ce qui révèle l'existence d'un lien significatif entre le matériau musical et le phénomène social. Dans ce contexte de contre-culture radicale, la techno jouée dans les free parties mêle étroitement bruit et machine. Entre détournement et reproduction, l'instrumentation électronique est manipulée intuitivement pour produire un bruit qui se veut à la fois provocation et invention.

  • Premier Ministre de 1979 à 1990, Margaret Thatcher bouleverse les acquis d'une Grande-Bretagne à l'agonie avec pour maîtres-mots le libéralisme économique et la toute-puissance de l'État. L'avènement du nouveau gouvernement conservateur révolutionne également la musique populaire britannique qui, consolidée mais aussi idéologiquement déroutée par un courant punk lui aussi déclinant, s'engagera désormais dans l'opposition à la Dame de Fer. En résulte un mariage inédit de pop et de politique qui se manifeste en chansons, mais aussi et surtout en actes collectifs si structurés qu'ils amèneront des artistes reconnus à s'associer au parti travailliste en période de campagne électorale. Quelles sont les actions entamées ? Quelles limites rencontrent-elles ? Qu'en reste-t-il aujourd'hui ? Passant en revue les épisodes marquants de cette décennie, cet ouvrage propose l'analyse d'un échec et pose la question de l'intelligibilité du discours et de l'action politique des musiques populaires.

  • En 2006, le rap français a déjà 20 ans et « Dans ma bulle », l'album de la rappeuse Diam's, explose les chiffres de vente. Ce succès en fait un véritable « phénomène social » qui ne peut être interprété comme un simple engouement passager. Les thèmes dont traite Diam's et la manière dont elle, et ses collaborateurs, les mettent en forme artistique, font ressortir des combinaisons de valeurs originales. Or, ce sont précisément ces valeurs qui se sont retrouvées au coeur de la campagne présidentielle de 2007. À travers l'analyse sociologique et musicale de titres de Diam's, le propos de ce livre est de montrer comment des mutations sociales encore immatures ont été prises en charge par le rap et comment cette artiste a contribué à les introduire dans le débat public.

  • Le terme générique metal est le fruit d'une histoire musicale née il y a plus d'une trentaine d'années. Il désigne une multitude de genres et de sous genres musicaux issus de l'appariement du hard rock et du heavy metal et résulte d'une agrégation sémantique consécutive de l'érosion et de l'interpénétration de ces termes au cours des années 80. Leurs modèles canoniques, respectivement représentés par les groupes Led Zeppelin et Black Sabbath. se sont progressivement dilués sous l'effet d'une filiation particulièrement effervescente et féconde : black, thrash, doom, progressive, crossover, death, hardcore, gothic, sludge, néo, etc. Ce livre retrace tout d'abord l'histoire de cette multitude de genres. Il présente ensuite une vision élargie de son environnement culturel ou l'on voit se dessiner une pluralité de rapports d'influence avec d'autres disciplines artistiques telles que la littérature, le cinéma, la bande dessinée, la photographie ou l'art graphique. Si un certain nombre d'éléments permettent de penser que le metal tend à se démocratiser et à être reconnu pour sa valeur artistique et culturelle, il n'en est pas moins l'objet d'un certain nombre de critiques, résultant de représentations sociales quelquefois très négatives. Lui est ainsi reproché d'avoir des propensions au machisme, à la violence, au satanisme, à inciter au suicide ou encore de nourrir des accointances avec l'extrême droite. Fondés ou non, ces griefs et leurs conséquences seront analysés et discutés. Après ce tour d'horizon, l'auteur propose de recentrer le regard sur la manière dont la France a été traversée par ce phénomène. L'occasion d'aborder la constitution du monde du metal français à travers ses groupes, ses labels, ses concerts et festivals ou ses médias spécialisés. L'observation s'affinera encore davantage par la description des conditions de la pratique d'un échantillon d'amateurs de metal. Une démarche permettant de mettre en lumière l'attachement individuel ou collectif au metal, tout en dégageant les implications artistiques, économiques, affectives ou sociales qui leur sont indissociables. En situant ses analyses tour à tour à un niveau international, national, puis local, cet ouvrage dresse concrètement le premier portrait sociologique du monde du metal hexagonal.

  • Il arrive que les musiques actuelles puisent dans la littérature pour constituer leurs matières verbales. Certains groupes vont jusqu'à s'approprier des textes du panthéon littéraire ; ainsi les musiciens de Complot Bronswick. The Disposable Heroes Of Hiphoprisy et Einstürzende Neubauten se sont respectivement confrontés à des textes de Vladimir Maïakovski, Heiner Müller et William S. Burroughs. De tels processus d'adaptation entraînent une double "déterritorialisation" des textes puisque les mots changent à la fois de support et d'univers symbolique. De façon érosive et projective ils explorent de nouveaux lieux de communication littéraire et font vivre les textes en renouvelant leurs modes de fonctionnement et leurs publics. Loin de chercher à se substituer aux livres. Ces disques encouragent une écoute relationnelle : "distordus" par la musique. Les mots projettent alors un regard oblique sur les oeuvres dont ils sont issus et nous invitent à mieux y (re)venir.

empty