Nouvelles Lectures

  • Lorsque le commissaire Mathieu Difrade reçoit le journal intime de celui qui se présente comme un « méchant », il enfile des gants pour ne pas brouiller les empreintes. Ce n´est qu´après avoir pris cette précaution qu´il lit le texte, d´une seule traite. Il le photocopie, puis, incrédule, le relit avant de confier l´enveloppe et le texte dactylographié au laboratoire de police scientifique.
    Le commissaire Mathieu Difrade se persuade qu´il n´a pas affaire à un mythomane mais bien à un tueur qui le défie. Commence alors pour celui que l´on surnomme le Flicorse une enquête hors norme.
    Une première victime est découverte sur la promenade Polangis qui longe la Marne. Tout comme l´annonce le « méchant » dans son journal...

  • « Les rues défilent. Il regarde les magasins, les enseignes. Des noms, partout des noms. Un sentiment étrange l´envahit. C´est comme s´il entrait dans le monde. Maintenant il est à égalité avec tous ces gens qui circulent sur les trottoirs. Il aurait presque envie de descendre, d´aller serrer la main au premier venu.
    - Bonjour, je m´appelle.... » Un nom. Un nom enfermé dans une enveloppe scellée. Comment la loi peut-elle permettre à une mère de cacher, pour toujours, son nom à son enfant ? Quel secret de famille, caché dans cette enveloppe, découvrira Martin, le héros de ce livre, à l´issue de la recherche éperdue de son identité ? L´amour d´une mère adoptive peut-il remplacer l´amour de la mère rêvée, idéalisée, la « vraie » mère ? Cet amour empêchera-t-il la haine de frapper à la porte de la maison ?
    Par ce roman fertile en rebondissements, dont l´issue restera incertaine jusqu´aux dernières pages, histoire policière et romantique tout à la fois, l´auteur revient sur la question tant controversée aujourd´hui du droit à l´identité.

  • Au moment où Peter Ziegler, Américain de 20 ans, pose le pied à l'aéroport de Roissy, il se souvient des évènements récents qui l'ont amené à quitter son pays d'origine, sans doute pour toujours. « Ouais, les choses ne se présentent pas aussi mal que je le croyais après tout. Je m'en tire bien. C'est comme le disait Dr Leb, je n'ai qu'à rendre ma vie « gérable » - c'est l'essentiel - et le reste viendra avec le temps - ha ! - et si le reste ne vient pas il va se passer un moment avant que je m'en inquiète. Ça n'a pas d'importance parce qu'aussi longtemps que j'aurais accès à une bonne herbe sans avoir à en payer les absurdes répercussions légales, et que je pourrais la consommer en paix, c'est une véritable consolation pour cette vie maudite que je n'avais pas désirée » Ce roman générationnel raconte avec un humour féroce le parcours difficile d'un jeune homme accro au cannabis dans la société américaine du début du siècle. L'auteur: Alexander Merchant, Américain de mère française, signe avec ce premier roman le portrait au vitriol d'une certaine bourgeoisie de la Nouvelle-Angleterre.

  • « En mes jeunes années, je me suis pris de passion, le mot n'est pas trop fort, pour l'oeuvre de Michel Déon. D'une certaine façon, l'auteur des « Poneys sauvages » aura été mon père spirituel. Ses héros ont ainsi déteint sur moi, me communiquant cette mélancolie nonchalante, ce regard sur la vie, triste et amusé, qui ne me quittent plus. Le bonheur existant parfois, j'ai eu la chance de correspondre avec celui que je nommais le Grand Michel. Je l'ai rencontré à plusieurs reprises, notamment à l'occasion du Prix des Hussards, créé, ce n'est plus un secret, pour lui. Michel Déon m'a reçu, ensuite, dans sa propriété de Tynagh, en Irlande. Notre dernière rencontre eut lieu quelques jours avant sa mort.
    Le maître avait de plus brillants disciples mais nul homme n'aura eu de meilleur mentor.»

    L'auteur: François Jonquères est avocat et secrétaire général du Prix des Hussards. Il est l'auteur de plusieurs livres, notamment « La Révolution buissonnière » et « Robert B. Sept nuances de gris », romans parus aux éditions Pierre-Guillaume de Roux.

  • « Il est rare que me soit donnée l'occasion de faire ce que ne font pas les autres. Particulièrement dans le domaine de l'écrit, dit de littérature. Un récit sur une région (Lettres gersoises), sous forme épistolaire, comme au XVIIIe siècle, mon siècle de prédilection. Ou celui d'une année entière, 1986, (L'Année Alison, ou comment survivre en amour à l'âge fatidique de trente-six ans), publié en même temps que des historiettes érotiques extraites de mes écrits intimes. C'était des propositions inattendues d'éditeurs qui m'offraient cette opportunité. Duetto ainsi me permet d'extraire des milliers de pages de mon Journal intime, intitulé « L'Écueil de naître », ce que m'a inspiré la lecture du Journal littéraire de Léautaud.» Serge Safran
    L'auteur: Serge Safran Poète, romancier, essayiste, critique, il est aussi cofondateur des éditions Zulma et fondateur des éditions qui portent son nom.

  • «Je cite souvent Annie Ernaux à propos de l'écriture qui est un activateur de mémoire.
    Été 58: elle a dix-huit ans, elle est monitrice dans une colonie de vacances, elle ne veut plus être vierge. Cet épisode bat dans son corps de mère, de grand-mère, de femme qui a surmonté tant d'autres sujets de honte (un avortement clandestin, son père qui tente de tuer sa mère, des amants qui ne sont pas de son milieu social). Ce sont une vingtaine de livres et ces années qui seront nécessaires pour qu'elle trouve les mots justes dans Mémoire de fille, publié en 2016.
    Ses livres m'ont provoqué, ils m'ont poussé, ils sont venus chercher cet autre que j'avais jusque-là contourné dans mes livres, celui que j'étais à dix-huit ans aussi. Ils m'ont donné du courage pour m'engager pleinement dans le sujet.» Patrick Froehlich
    L'auteur: Patrick Froehlich a exercé la profession de chirurgien. Il a vécu à Lyon, Bruxelles et est désormais installé à Montréal. Au préalable, il a publié de nombreux articles scientifiques et des ouvrages dans le domaine de la chirurgie des voies respiratoires des enfants. Il est l'auteur de six livres. Dernier titre paru: La Minute bleue, éditions Les Allusifs, 2020.

  • « Son titre me hante. Depuis des années, le livre patiente dans l'étagère au parfum de bois ancien, enchâssée dans le panneau aux reflets sombres. Folio n° 1455. Je tends la main, caresse la tranche fanée. Sur la couverture, un masque placide rit et se fend pour laisser entrevoir un crâne. Mon ventre se crispe. Je dois affronter Mishima pour savoir ce qui m'attend. » Nicolas Gaudemet
    L'auteur : Nicolas Gaudemet est écrivain. Son premier roman La Fin des idoles a été récompensé par le prix Jules-Renard 2019.

  • « J'avais quatorze ans quand Leonard Cohen est entré dans ma vie. C'était l'époque de son retour sur la scène musicale avec l'album « I'm Your Man ». Un jour, dans la capitale nord-américaine de mon enfance, son profil est apparu à l'écran de la télévision. Dès que je l'ai vu déambulant sur la plage de Trouville avec son long manteau noir et sa valise dans la vidéo noir et blanc « First We Take Manhattan », quelque chose a basculé. Dans ma chair, il a tracé son chemin d'exils. Sa voix a fissuré ma silhouette de jeune fille pour en extraire un corps de femme débordant de sensualité. Beaucoup plus tard, c'est avec lui que j'ai vécu la plus inattendue de toutes mes histoires d'amour. La plus inattendue, car elle est née avec sa mort, voire de sa mort elle-même. « Tu es la femme qui m'a délivré / Je t'ai vue observer la lune / tu n'as pas hésité / à m'aimer avec elle ». Parce que sa poésie m'habite depuis si longtemps, à travers ses chansons et ses recueils, et parce qu'il a dessiné pour nous l'architecture de l'amour, j'ai choisi de lui consacrer ce duetto en guise d'hommage.» Chantal Ringuet
    L'auteur: Docteure en lettres et spécialiste de Leonard Cohen, Chantal Ringuet se consacre à l'écriture, à la traduction (de l'anglais et du yiddish) et à la recherche. Enseignante-intervenante à l'Institut européen Emmanuel Lévinas de Paris, elle a co-édité (avec Gérard Rabinovitch) l'ouvrage "Les révolutions de Leonard Cohen" (Québec, PUQ, 2016). Elle a publié plusieurs textes sur l'artiste, notamment dans le catalogue d'exposition "Leonard Cohen. Une brèche en toute chose" (MAC, 2017).

  • « La relation que j'entretiens avec Koltès est une relation fraternelle. Comme on ne connaît jamais vraiment son frère, je ne comprends qu'imparfaitement sans doute l'oeuvre de Bernard-Marie Koltès. J'en accepte la marge. Je l'aime comme un petit frère. Il a capté de la jeunesse le refus des idées conventionnelles, des formes et des discours. Il fait entendre une musique nouvelle. Un rythme, un langage métissés. Koltès est à mes yeux, à mes oreilles, un dramaturge francophone bien davantage qu'un auteur français. Il sait aussi me prendre en défaut parce qu'il met en échec ma quête de clarté. Je subis l'énigme de ses personnages avec jubilation. Je prends son oeuvre tout en bloc. Elle entre clandestinement dans mes recoins et me pousse à les visiter. C'est un dialogue qui se régénère à chaque lecture et se poursuit en-dehors. Je n'ai qu'à m'installer, à ma place parmi les autres, pour entendre les personnages de Koltès, à chaque création, parler avec une voix que je découvre. » Bénédicte Forgeron
    L'auteur: Enseignante de lettres et d'histoire des arts en lycée, Bénédicte Forgeron est en charge du service éducatif de la Scène nationale d'Angoulême.
    La collection Duetto : un écrivain en raconte un autre.

  • « J'ai découvert « Stupeur et tremblements » en 2002, trois ans après sa parution. Nommée à un poste de gestionnaire comptable dans une administration publique, je sombrais alors dans les affres de la dépression lorsque je lus le roman d'Amélie Nothomb. Je fus frappée par la similitude de l'expérience de la narratrice Amélie San et de la mienne. En outre, ce texte m'ouvrit à un auteur et à une écriture. Une écriture vive, incisive, courte où se mêlent, à l'extrême, l'humour, l'autodérision et l'humilité. La psychologie du personnage embarqué dans un jeu pervers me stupéfia. « Stupeur et tremblements » changea ma manière d'agir, mon regard sur le réel. Après mon départ de la fonction publique, j'eus une première correspondance avec Amélie Nothomb. Lorsque je me lançai dans l'écriture, elle fut la première personne à qui j'envoyai mon premier ouvrage. Ces échanges se sont poursuivis, au gré des parutions, avec celle qui est devenue ma marraine de coeur. » Sylvie Payet
    L'auteur: Sylvie Payet, formatrice et correspondante de presse, est l'auteur d'un recueil de nouvelles, "À fleur de peau" (2016), et d'un roman, "Camélia rouge" (2017) - ces deux livres parus chez L'Harmattan. "La Baie fait un somme" (Éditions Cadasre8Zéro, 2018) est, entre proses et nouvelles, un ouvrage coécrit avec Philippe Lacoche à partir de photographies de nuit de la Baie de Somme.
    La collection Duetto: un écrivain en raconte un autre.

  • « Mes débuts avec Bernanos furent difficiles : je tombai par hasard, traînant sur un billard dans un château délabré, sur La Joie. Ce livre fut rude à mes quatorze ans, je n'y compris rien. Par grâce, je m'obstinai. J'en fus récompensé. Peu à peu, Bernanos devint mon grand-père spirituel, d'autant plus qu'il ressemblait par plusieurs points à mon grand-père de sang. J'attrapai des idées politiques, religieuses plutôt proches de celles de Bernanos. Bien sûr, l'auteur de Sous le soleil de Satan y était pour quelque chose. De surcroît, je partageai son goût pour le vent sifflant dans les haies de houx et d'aubépines de l'Artois.» Bernard Leconte
    L'auteur: Bernard Leconte a toujours vécu dans le Nord. Il a publié une quinzaine de livres, écrit dans pas mal de journaux et revues et anime à la radio une émission littéraire.

  • « Le cinéma de Philippe de Broca, c'est celui de mes vingt-ans. C'était hier, c'était déjà au siècle dernier. Des actrices ressurgissent de ma mémoire comme des éclats du passé. Marthe Keller, Annie Girardot, Jacqueline Bisset et Geneviève Bujold resteront à jamais mes amours de jeunesse. Elles étaient belles et enivrantes, inaccessibles et désirables. Philippe de Broca les filmait avec sa maestria habituelle, légère et profonde, délicate et sensuelle. Cet immense réalisateur à l'oeuvre essentielle mettait aussi en lumière de merveilleux acteurs : Jean-Paul Belmondo, Jean Rochefort, Jean-Pierre Cassel ou Claude Brasseur. Philippe de Broca donnait de l'élégance à nos vies.» Thomas Morales.
    L'auteur : Thomas Morales, écrivain à la plume tendre, nous fait revivre cette parenthèse enchantée. Il pose un regard nostalgique sur ce cinéma d'ancien régime. Vous trouverez dans cet hommage personnel l'insouciance des Trente Glorieuses et les marques d'un pays heureux. Thomas Morales est l'auteur de nombreux livres. En 2018, il a publié "Eloge de la voiture" aux éditions du Rocher, "Noblesse du barbecue" aux éditions Nouvelles Lectures et "Tais-toi quand tu écris" aux éditions Pierre-Guillaume de Roux.

  • « J'ai aimé Jack Kerouac pour ce dialogue :
    -Hey ! Jack, il faut y aller et ne pas s'arrêter avant d'y être.
    -Et où ça, mon pote ?
    -Je ne sais pas mais il faut y aller.
    Je l'ai aussi aimé parce que j'avais lu Jack London, le météore qui ne s'est endormi qu'à sa mort... Ces deux frères Jack m'ont donné envie de tracer la route. Encore et again ! J'ai aimé Kerouac et ses potes beatniks, au point de refaire le même trajet, sur la route US, cinquante ans après. J'ai aimé Kerouac parce que j'ai su garder dans ma main celle de l'enfant qui rêvait d'être un cowboy ami des Indiens. J'ai également aimé Kerouac pour cette phrase : "Les seuls gens qui existent sont ceux qui ont la démence de vivre, de discourir, d'être sauvés, qui veulent jouir de tout dans un seul instant, ceux qui ne savent pas bâiller mais qui brûlent, brûlent..." Kerouac a été ma conquête de l'Ouest. Il m'a donné envie de devenir écrivain. Je suis un coureur des bois, plus que de jupons. Lire Kerouac m'a rendu ivre de livres et de vie. » Guillaume Chérel.
    L'auteur: Guillaume Chérel est un écrivain qui a bourlingué, des Comores à la Mongolie, en passant par la Chine et les États-Unis. Il est l'auteur de nombreux romans et d'un Duetto consacré à Jack London. Derniers livres publiés: Un bon écrivain est un écrivain mort (Mirobole) et Cadavres, Vautours et Poulet au citron (Michel Lafon).
    La collection Duetto : un écrivain en raconte un autre.

  • C'est parce qu'il est infiniment différent de moi, mais que je me reconnais dans chacun de ses mots, que j'ai choisi de chanter cette ode à Kawabata. Pour faire craquer les dorures du prix Nobel et revenir à l'essentiel : l'homme et le texte, l'homme et son texte, le texte et sa lectrice. Parce que « mes jours et mes nuits avec lui ressemblent bien à la contemplation hallucinée de ma figure dans un miroir brisé agité par un vent violent. Il me connaît sans avoir pu rien savoir des jeunes femmes du vingt-et-unième siècle, de l'autre côté de l'hémisphère ».
    Parce que nous avons tous le souvenir d'une telle intimité, ou l'espoir de la connaître un jour, dans un livre. Parce que Kawabata restera, en cela, mon premier amour. C'est en petite souris rendant hommage à une étoile que je lui dédie ce Duetto.
    L'auteur : Marie Céhère est diplômée en histoire de la philosophie. Elle chronique l'actualité littéraire dans « Causeur » et collabore à la revue de littérature et de philosophie « Alkemie » (éditions Classiques Garnier). Elle est l'auteur d'un essai, « Brigitte Bardot, l'art de déplaire » (2016), et d'un roman, « Les Petits Poissons » (2017) aux Éditions Pierre-Guillaume de Roux.
    La collection Duetto : un écrivain en raconte un autre.

  • « Dans la liste longue et bavarde de mes rêves, plutôt en haut, il y a toujours eu celui de voir une corrida avec Hemingway. Des hommes et des dieux devant moi, un génie à côté. Le 31 juillet 1959 à Malaga, face à un lot exceptionnel de taureaux, il y avait Dominguín et il y avait Ordóñez, dument escortés par leurs clans, aussi chaleureux entre eux que des communistes avec des franquistes. Dans les gradins bombardés de chaleur, ministres, comtesses en chapeau, aficionados, Picasso..., et Hemingway, qui s'envoyait du vino à deux pesetas le litre et du cognac à quatre. Cet après-midi-là, un torero a été troué, le second acclamé, et six taureaux sont morts en braves. Et comme la vie est un songe, derrière la barrera, j'étais là. » Marine de Tilly L'auteur : Journaliste et critique littéraire, Marine de Tilly lit, Hemingway et quelques autres, et écrit, pour elle et quelques autres. A propos de taureaux, elle a signé un essai, « Corridas, de sang et d'or » (Éditions du Rocher). La collection Duetto : un écrivain en raconte un autre.

  • Vladimir Nabokov est un maître assez paradoxal, tant ses passions me sont étrangères : les échecs, auxquels je n'ai jamais rien compris, et les lépidoptères. Ma fascination relève certainement d'un exotisme entaché de masochisme, d'une attraction des contraires... Je ne peux m'imaginer prenant un verre avec Nabokov au bar du Palace hôtel de Montreux, devisant sur Joyce : on ne tape pas sur l'épaule du maître, un cocktail à la main, en lui disant « j'aime beaucoup ce que vous faites ! »
    Notre unique point d'accroche se situerait peut-être en Suisse... Passionné par la montagne, je puis, dans un moment de relâchement tout à fait impardonnable, rêver une randonnée avec l'auteur d'« Ada », l'accompagnant par une belle journée d'été sur un sentier, un filet à papillons à la main, à la recherche de ses précieuses espèces. Vladimir et moi cheminerions enfin du même pas et, après plusieurs heures de marche silencieuse, ayant enjambé des torrents, franchi des cols, pique-niqué sur quelque rocher moussu, nous nous quitterions à la tombée du jour, au bord du lac Léman, lui, rejoignant sa suite au sixième étage, moi, la petite pension exigüe au lit déglingué, en périphérie de Montreux.
    Fabrice Lardreau.
    L'auteur : Fabrice Lardreau est né en 1965. Il est l'auteur de neuf romans et récits dont « Contretemps » (Flammarion, 2004), « Nord absolu » (Belfond, 2009), « Le Carrefour invisible » (Plein Jour, 2017) et « La Guerre de sécession » (Lemieux Editeur, 2018). Journaliste à « La Montagne & Alpinisme », il dirige chez Arthaud la collection « Versant intime ».
    La collection Duetto : un écrivain en raconte un autre.

  • « Ionesco, pour nous qui adorions la Huchette, où nous nous retrouvions chaque soir, c'était "Eugène", l'auteur de la pièce qui s'y donnait. Seulement cela. Notre grand homme c'était Nicolas Bataille, metteur en scène et "inventeur" de "La Cantatrice", "patron" de la Huchette. Eugène, nous n'y pensions pas. Quand il passait, il nous dérangeait... Un soir qu'il parlait dans le vide, je l'ai écouté, découvert. Sous son allure de M. Pickwick, il avouait que sa manière de voir le monde était moins absurde qu'étonnée. Cet étonnement, insistait-il, car personne ne le remarquait, était au coeur de son oeuvre. Il disait qu'on n'écrit pas du théâtre avec des dialogues mais avec une vision. Bref, l'essentiel. » Michel Nuridsany L'auteur : Critique d'art, critique littéraire, Michel Nuridsany est auteur de deux romans (« Ce sera notre secret, monsieur Watteau » et « Andy Andy »), de biographies (Dali, Jean-Michel Basquiat) et de "beaux livres" tous publiés chez Flammarion. La collection Duetto : un écrivain en raconte un autre.

  • « Il y a quelques années, j'ai adapté "Le Rouge et le Noir" pour le théâtre. Pendant cinq ans, je suis entrée en Stendhalie, comme on entre au couvent. Ce roman m'a envoûtée, "La Chartreuse de Parme", émerveillée. Deux chefs-d'oeuvre, pour leur musique qui suit le rythme intérieur des sensations de Julien et de Fabrice, les passages presque improvisés, imprévisibles, pour l'ivresse de ces êtres de désir, tendus vers des chimères qui précipitent leur chute. Stendhal aimait changer de masques. Aussi ai-je imaginé une mystérieuse rencontre sur les bords du lac de Côme. Au fil de notre promenade, je m'interroge : le spectre de Stendhal ? Un imposteur ? Et si c'était lui ? » Emmanuelle de Boysson L'auteur : Emmanuelle de Boysson, romancière et journaliste, a publié une quinzaine d'essais et de romans, dont, en 2014, "Le Bonheur en prime" (Flammarion). Elle est présidente du Prix de La Closerie des Lilas. La collection Duetto: un écrivain en raconte un autre.

  • « On snobe d'autant plus facilement Émile Zola que l'immensité de son oeuvre et l'énormité de l'Affaire Dreyfus lui donne un je-ne-sais-quoi d'inaccessible. Pour ma part, je l'ai laissé longtemps en dehors de mon panthéon littéraire avant de finir par serrer la main aux membres de Rougon-Macquart et surmonter ma timidité envers le petit capitaine. Mais alors, en moins de deux, Émile et moi sommes devenus des amis à la vie, à la mort. Cet élève avant l'heure de l'Actor's studio, cette plume si moderne, si sensible, se sont révélés sans partage. Il a suffi que je le relise en gardant en tête qu'il fut, certes l'écrivain consacré que l'on sait, mais surtout un homme accompli et fantasque comme il en eut peu. » Valentine del Moral L'auteur : Valentine del Moral a publié "Chez Zola. Si Médan m'était conté" (Fallois, 2015). Libraire en livres anciens, elle rédige une "Lorgnette" qui dépoussière la bibliophilie (villabrowna.blogspot.com). La collection Duetto : un écrivain en raconte un autre.

  • «Je ne sais pas comment ça a commencé, notre histoire, cet amour déraisonné que j'ai pour ton verbe, tes images, la forme alanguie de chacune de tes phrases, ce culte que je te voue et qui m'a conduit à entreposer ton portrait au centre de ma bibliothèque, juste en dessous de mon vénéré grand-père. Non, vraiment, Gustave, je ne sais pas. Comme toutes les passions, j'imagine. Par hasard et parce qu'il le fallait. Mais dans cet épais mystère, je garde une certitude. Une seule. À travers les âges, à travers la pierre tombale qui te recouvre et sous les vers qui te dévorent, tu me vois, tu sens cet amour, cette admiration béate et, prenant une profonde respiration dans l'air vicié, tu pars d'un immense éclat de rire, moqueur. » Vincent Pieri L'auteur : Vincent Pieri est l'auteur d'un essai, "Enfants du Mékong" (2008) et de deux romans, "Station Rome" (2013) et "La voix intérieure" (2016), publiés au Mercure de France. La collection Duetto : un écrivain en raconte un autre.

  • «Lorsqu'il m'est demandé d'écrire sur un auteur qui compte pour moi, qui m'accompagne, c'est à Antoine Blondin que je pense sur le champ. Pourtant je l'ai découvert tardivement. D'autres auteurs dans le peloton des incontournables dévorés à l'adolescence auraient très bien pu s'imposer. Mais Blondin, avec sa petite musique de cloche fêlée et son maillot d'outsider, me touche dans chacun de ses livres. Ses romans sont comme des variations poétiques sur le même thème, celui d'une blessure profonde. Il l'explore sans peser, navigant entre excès et pudeur, humour et mélancolie. » Jean-Claude Lalumière L'auteur : Jean-Claude Lalumière a écrit trois romans remarqués par la presse et les lecteurs : « Le Front russe », « La Campagne de France » et « Comme un karatéka belge qui fait du cinéma », parus aux éditions Le Dilettante. La collection Duetto: écrivains et critiques sont invités à évoquer leur grande passion littéraire, à parler d'un auteur qu'ils admirent, qu'il s'agisse d'un maître disparu ou d'un contemporain qu'ils ont eu la chance de rencontrer.

  • « La première fois que j'ai lu un livre de Joyce Carol Oates, j'ai ressenti ce que les addictologues appellent le « flash », cette extase originelle qu'un intoxiqué n'a de cesse de reproduire par la suite. Je me suis alors plongée dans son oeuvre avec un appétit insatiable. Je ne sais pas si je lirai tout JCO, elle a tant écrit. Et c'est heureux pour moi. Quand je serai une vieille dame, rassasiée de jours et de lectures, je sais qu'il y aura encore et toujours, un petit roman, un essai, un poème, une phrase de JCO à picorer ici ou là. J'aime Joyce Carol Oates d'un amour inconditionnel, que ses livres soient grands ou petits, « mineurs » ou « majeurs ». Elle n'est jamais très loin de mon oreiller, elle est même tout près de mon coeur, quand j'ai perdu le goût de lire ou d'écrire.» Astrid Eliard L'auteur : Astrid Eliard est chroniqueuse littéraire. Elle a publié plusieurs livres sur les affres de la vie conjugale dont "Nuits de noces" (Grand Prix SGDL de la Nouvelle). Elle est aussi l'auteur de "Danser", qui retrace le quotidien de trois adolescents, petits rats à l'Opéra de Paris (Mercure de France). La collection Duetto : Ecrivains et critiques sont invités à évoquer leur grande passion littéraire, à parler d'un auteur qu'ils admirent, qu'il s'agisse d'un maître disparu depuis longtemps ou d'un contemporain qu'ils ont eu la chance de rencontrer.

  • « J'ai découvert Nietzsche chez les Jésuites à Avignon au printemps 1976. Je me rappelle la sensation de tremblement éprouvée à la lecture de quelques pages de Par-delà bien et mal et cette impression que ce livre s'adressait à moi en particulier. Je marchais dans la cour du lycée, j'avais 17 ans et me croyais marxiste. J'étais ébranlé dans mes certitudes qui m'apparurent soudain comme autant de fictions. Je savais désormais que l'idée que je me faisais de la vie ne serait plus tout à fait la même. Je ne suis pas nietzschéen mais je suis reconnaissant à Nietzsche de m'avoir fait gagner du temps. Quelques semaines seulement après avoir découvert ce livre, je quittai le mouvement des jeunesses communistes auquel j'appartenais depuis l'âge de 15 ans. » Paul François Paoli L'auteur : Né à Marseille et corse d'origine, Paul François Paoli est journaliste et critique littéraire. Il a publié une douzaine d'essais dont "La Tyrannie de la faiblesse" (François Bourin, 2010) et "Quand la gauche agonise. La république des bons sentiments", paru en janvier 2016 aux éditions du Rocher. La collection Duetto : Ecrivains et critiques sont invités à évoquer leur grande passion littéraire, à parler d'un auteur qu'ils admirent, qu'il s'agisse d'un maître disparu depuis longtemps ou d'un contemporain qu'ils ont eu la chance de rencontrer.

  • Parce que j'ai fait le même métier.
    Parce c'était dans la même ville.
    Parce que c'était le même journal.
    Parce que, comme les miens, ses ancêtres venaient d'ailleurs.
    Parce que j'ai rêvé, moi aussi, d'un autre monde.
    Parce que cet autre monde n'est jamais venu.
    Parce que, comme lui, je pense que la ville est toujours le personnage principal d'un polar.
    Parce que cette ville-là - Marseille - je l'aime et la déteste à la fois.
    Parce que le noir l'habille si bien.
    Parce que Jean-Claude Izzo existait avant Fabio Montale.
    Parce qu'il lui a fallu écrire huit recueils de poèmes, des centaines de grands et petits reportages, des chansons, des scénarii de film, quelques pièces de théâtre, des récits historiques, avant de connaître un succès phénoménal à 50 ans.
    Parce que "Total Khéops" détient le record des ventes de la Série Noire.
    Parce que cinq ans après l'apparition de Montale dans les ruelles du Panier, Izzo signait "le Soleil des mourants" et revenait mourir sous le soleil de sa ville.
    Parce que de furieuses métastases m'ont empêché de lui dire de vive voix que je le tiens pour l'une des figures les plus marquantes du polar français.
    Jean-Marc Matalon
    L'auteur : Jean-Marc Matalon est né à Marseille. Journaliste dans la presse régionale (La Marseillaise, le Provençal, Radio Monte Carlo) et nationale (Associated Press, Le Moniteur), il mène actuellement un travail de recherche sur les faits divers et les drames sociaux qui ont marqué la mémoire collective des Marseillais à travers les siècles.
    La collection Duetto : un écrivain en raconte un autre.

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