Seuil

  • Dans une petite ville aux confins de l'empire des tsars, Mendel Singer, un humble maître d'école juif, enseigne les Écritures à de jeunes garçons. Mendel ne supporte plus les tentations d'une société en contradiction avec sa règle de vie et décide alors d'émigrer avec sa famille en Amérique. Mais bien des épreuves attendent le maître d'école ; des épreuves qui vont le hisser à la hauteur tragique d'un Job des Temps modernes. À travers l'histoire emblématique de la famille Singer, Joseph Roth brosse un tableau poétique et lucide des communautés juives d'Europe centrale et orientale à la veille de la Première Guerre mondiale.

  • Ils sont nombreux à avoir visité l'Allemagne, la Russie, l'Italie entre les deux guerres. Mais combien se sont trompés ! Joseph Roth, lui, a vu juste. De l'Allemagne, il écrit en 1930 : " Tout est déjà là : la bête immonde et son âme, le doré sur tranche et le filet de sang " (Lettre du Harz). De la Russie, espoir des peuples, il découvre, dès 1926, le conformisme, l'embourgeoisement. Une classe y a remboursé une autre, mais ce n'est pas celle qu'on attendait. Le bruit et la lumière de la fête se sont éteints. Un jour de la semaine a commencé gris, pénible, dépourvu de poésie " (La Russie a pris le chemin de l'Amérique). En Italie, l'extrême surveillance à laquelle on est soumis oblige à ne faire que passer. Impossible de s'attarder, de questionner. Il faut voir sans être vu. Aussi assiste-t-on à la naissance de ce que l'on pourrait appeler un " journalisme ferroviaire " ou journalisme des signes ", par force limité aux gares, aux hôtels, aux trains - et que rien pourtant, par son sens du détail et du portrait, ne distingue de la grande littérature dont il est le laboratoire. " Je dessine le visage du temps, je suis journaliste, par pas reporter. Je suis écrivain, pas éditorialiste " (lettre à Benno Reifenberg, 22 avril 1926).

  • Publié pour la première fois en 1929 en Allemagne, Gauche et droite mérite d'être considéré comme l'aboutissement de la première manière romanesque de Joseph Roth, qui privilégiait alors l'observation minutieuse de la société allemande et autrichienne contemporaine. Tout à la fois incisif et foisonnant, le roman fait s'entrecroiser les destins de deux "frères ennemis", Paul et Theodor Bernheim, qui incarnent chacun une facette de l'Allemagne de Weimar, et celui d'un émigré russe juif, Nikolas Brandeis. Des personnages déstabilisés par l'expérience traumatique de la Grande Guerre, désespérément en quête de repères éthiques, sociaux ou politiques, tiraillés entre inquiétude existentielle et volonté de puissance. Avec en toile de fond un Berlin effervescent, dominé par le capital, la spéculation, le commerce, l'industrie, la finance, la presse, le cinéma, le cabaret, une métropole qui assiste sans grande émotion à la radicalisation d'un nationalisme xénophobe et à la montée du fascisme. Dix ans après la première publication de Gauche et droite, l'écrivain Hermann Kesten qualifiait encore ce livre de "roman politique berlinois d'une grande actualité, dans la lignée de Stendhal, Maupassant et Heinrich Mann".

  • « Je n'aime que les affaires privées. Ce sont les seules qui m'intéressent. [...] La vie privée des hommes, l'humain pur et simple, sont bien plus importants, plus grands, plus tragiques que toute notre vie publique », déclare le héros d'un roman de joseph Roth. L' « humain pur et simple », voilà sans conteste ce que l'auteur est parvenu à saisir dans les nouvelles rassemblées ici, peut-être plus encore que dans ses romans. Avec une tendresse qui n'exclut pas une ironie parfois mordante, il se penche sur des destinées obscures et solitaires afin d'en faire surgir toute la richesse et le tragique - comment ne pas penser, dans ses pages, au Flaubert d'Un coeur simple, tant admiré de Roth ? Sous des dehors ordinaires, les personnages des nouvelles sont capables des passions les plus insensées, tel ce chef de gare autrichien qui sacrifie une existence tranquille et bourgeoise à son amour pour une comtesse russe. Il y a là des originaux comme le comte Morstin du « Buste de l'empereur », qui ne se résout pas à admettre la chute de l'empire austro-hongrois et continue de vénérer François-Joseph Ier, ou encore Nissen Piczenik, l'humble juif ukrainien, que sa passion pour le corail mène à sa perte. Il y a aussi des victimes, innocentes marionnettes engluées dans leurs illusions, leur recherche d'un amour sincère, leur rêve d'absolu : Mizzi Schinagl dans « Un élève exemplaire », le jeune diplomate du « Triomphe de la beauté ». L'écriture élégante et nerveuse, le sens inouï de la conscience narrative qui caractérisent aussi bien ses romans que ses nouvelles font de Joseph Roth l'un des prosateurs les plus singuliers et les plus attachants de la première moitié de notre siècle.

  • Ce livre, composé à partir d'articles, de portraits et entretiens, de rencontres avec des écrivains, vise à dessiner une histoire du roman anglais de ce siècle tel qu'il apparaît à travers vingt ans de traductions. Chemin faisant, des questions ont surgi

  • Ce sont trois époques de l'oeuvre de Gadda qui sont représentées dans ce recueil.Promenade d'automne est la première fiction que Gadda ait écrite. On y trouve déjà la beauté des descriptions mais sur un ton plus réaliste et sans encore le sarcasme qui sera, par la suite, un des éléments essentiels du baroque gaddien.Les trois récits qui suivent appartiennent à la constellation de La Connaissance de la douleur et sont autant de préparations ou variations autour du personnage de Pirobutirro, c'est-à-dire de la dérision rageuse de Gadda par lui-même.Quant aux deux derniers textes, ils sont contemporains de la rédaction de L'Affreux Pastis de la rue des Merles et l'on trouvera même ici un chapitre du livre, que Gadda avait supprimé pour de simples raisons de structure au moment de la publication.Ainsi, ces Colères du capitaine en congé libérable permettent-elles d'avoir une vue panoramique de l'écriture de Gadda.

  • « Je n'écris pas de "commentaires divertissants". Je dessine le visage de notre époque. » Telle est l'ambition maintes fois proclamée par Joseph Roth, qui refusait que l'on considérât son activité de journaliste et de chroniqueur comme celle d'un aimable causeur et ne l'estimait pas inférieure à sa prose romanesque. Les esquisses et portraits ici réunis confirment la validité de cette exigence. Observateur minutieux de la surface chatoyante du monde, qu'il sait rendre en quelques traits de plume suggestifs, l'écrivain brosse un panorama subjectif de la modernité qui est en même temps une quête de sens. Des Images viennoises, écrites dans les tout premiers temps de sa carrière de journaliste, jusqu'aux pages ciselées de Cabinet des figures de cire, où il a rassemblé de son vivant les plus beaux textes rédigés pour le compte de la Frankfurter Zeitung quelques années avant la période de l'exil français, Joseph Roth s'affirme au travers de sa prose toujours lumineuse et alerte comme un maître incontesté de la forme brève.

  • Ce recueil de quatorze récits est, avec la Connaissance de la douleur, l'Adalgisa et l'Affreux Pastis de la rue des Merles, un des quatre chefs-d'oeuvre incontestés de Gadda. Ecrits entre 1930 et 1958, ces textes laissent passer en filigrane l'Italie juste avant et pendant la Seconde Guerre mondiale, y compris les furies de l'auteur contre les guerres mussoliniennes. Mais, surtout, ce qu'on trouve ici, c'est tantôt le sarcasme à l'égard de la bonne société milanaise (Saint Georges chez les Brocchi), tantôt la description pittoresque d'une catastrophe populaire (l'Incendie de la via Keplero), tantôt les souffrances et la faim qui accompagnent la Seconde Guerre mondiale (Socer Generque et le très émouvant Club des ombres), tantôt encore le tragique d'une aventure dont le mystère reste inéclairci (Un salut respectueux), pour aboutir enfin à ces Accouplements bien réglés où s'entremêlent inextricablement affaires de sexe et d'héritage. Comme toujours chez Gadda, des évocations de paysages magnifiques alternent avec des analyses de caractères ici émues, là sarcastiques, et des excursus qui emportent tout, tel celui dont Cicéron fait les frais.

  • Les Cent-Jours : parenthèse étrange, qui voit le retour du drapeau tricolore et de la Marseillaise, période trouble, que fait revivre Joseph Roth, dans l'intimité d'un empereur assailli par les doutes. Car les vivats de la foule vont, il le sait, au Bonaparte créé par l'imagerie populaire, à ce général audacieux, auquel il ne ressemble plus. C'est de cette image glorieuse qu'est éprise en secret Angéline, une lingère du palais, qui lie résolument son sort à celui de son maître.De ces destins croisés, Roth suggère qu'ils ont la même grandeur : la conclusion de ce roman émouvant, servi par une prose enthousiaste et lyrique, est qu' il n'y a pas de grande ou de petite Histoire. En revanche il y a l'importance que les événements revêtent aux yeux de ceux qui les vivent. L'amour d'Angéline vaut la conquête de l'Europe, et la mort de son fils, la défaite de l'Empereur. Une fois encore, Roth livre le fruit de ses réflexions sur l'Histoire, qui n'est jamais chez lui une entité abstraite, mais toujours, se fait chair.

  • Zipper et son père offre une plongée dans la Vienne du début du siècle dernier, dont les contradictions se reflètent dans la personnalité du "vieux Zipper", archétype du petit-bourgeois qui se pique de modernité, aime à se montrer rebelle face au pouvoir, mais retrouve sa verve patriotique quand éclate la guerre. Le premier conflit mondial marque un double tournant dans le roman: l'Empire disparaît et le vieux Zipper cède la place à son fils; c'est une génération traumatisée et sans illusions qui donne désormais le ton dans la capitale. À la gaîté excentrique d'avant-guerre se substitue une soif de jouissance et de profit qu'incarne l'industrie cinématographique naissante. Si l'ironie de l'auteur donne sa saveur au récit, elle ne tourne jamais à la raillerie: le regard reste indulgent pour ces deux générations malmenées par l'Histoire. C'est que Roth ne prononce pas de sentence "comme un dieu ou comme un juge: d'après les intentions et les actes" mais seulement d'après "l'étoffe dont les hommes sont faits".

  • Dès juin 1932, au café Mampe à Berlin, Joseph Roth déclare à un ami : «Il est temps de partir. Ils brûleront nos livres et c'est nous qui serons visés. Quiconque répond au nom de Wassermann, Döblin ou Roth ne doit plus tarder. Il nous faut partir afin que seuls nos livres soient la proie des flammes.»Le 30 janvier 1933, jour où Hitler est nommé chancelier du Reich, Roth s'exile définitivement à Paris. Les six années qui lui restent à vivre seront particulièrement fécondes, tant dans le domaine romanesque que journalistique. La Filiale de l'enfer réunit vingt-six écrits parus entre juillet 1933 et mai 1939 dans les journaux destinés aux émigrants germanophones vivant en France. Depuis son exil parisien, Joseph Roth observe avec une rage impuissante le rattachement de son ancienne patrie autrichienne au Troisième Reich et tente de combattre l'indifférence, qu'il considère comme le pire des maux. Avec une acuité impitoyable et une rare clairvoyance, sous-tendues par une verve brillante, à la fois mélancolique et drôle, il dénonce les effets pervers du national-socialisme et les grossiers mensonges de sa propagande. C'est «l'instauration de la barbarie et le règne de l'enfer». Seul le Verbe vrai pourra sauver l'époque en tenant lieu de patrie à ceux qui n'en ont plus.

  • « Il y a comme un abîme au coeur des Heures anglaises. Cet abîme tient au fait que Henry James se soit voulu, ou plutôt ait eu l'air de se vouloir, anglais, et que, malgré son installation à Londres dès 1876, et en dépit même de sa naturalisation, obtenu

  • Lettres choisies (1911-1939)Traduites de l'allemand, présentées et annotées par Stéphane PesnelLes Lettres choisies de Joseph Roth viennent parachever tout le travail de publication entrepris pour faire découvrir au public français les multiples facettes de l'écrivain. En même temps qu'elles brossent un tableau de la vie littéraire allemande dans l'entre-deux-guerres, rapidement assombrie par l'émergence du national-socialisme, elles permettent de suivre la genèse des grandes oeuvres l'auteur. Depuis les confins de l'Empire austro-hongrois jusqu'à l'exil parisien, on suit les pas de l'un des écrivains les plus attachants du XXe siècle : un homme passionné par la création littéraire, amoureux de la langue allemande, et de la langue française et de la France, un artiste intransigeant dans ses convictions esthétiques, politiques et éthiques, une personnalité ennemie de la tiédeur et du compromis, avec ses emportements et ses indignations, son enthousiasme et sa générosité, sa fidélité comme son exigence en amitié. Le dialogue avec Stefan Zweig occupe ici une place à part et cristallise de manière exemplaire les grandes lignes, la réflexion sur le rôle de la littérature et la question de l'engagement humaniste face à la barbarie.Joseph Roth, né en 1894 à Brody, en Galicie, de parents juifs, est mort le 27 mai 1939 à Paris. Il laisse une oeuvre abondante : quinze romans, récits, nouvelles, reportages, essais, et un millier d'articles de journaux.Collection dirigée par Anne Freyer-Mauthner

  • Chez Cervantes et chez Rabelais, le roman naît de la rencontre entre des points de vue antagonistes sur la réalité. Prolongeant cette lignée, certains romanciers contemporains enquêtent sur la situation de sociétés déchirées par des conflits de valeurs. Robert Musil, Carlos Fuentes, Thomas Pynchon, Salman Rushdie et Édouard Glissant donnent à voir des mondes que la montée en puissance du pluralisme libère et désoriente. En imaginant nos conduites possibles face aux crises qu'entraîne l'accélération de la modernité, ils entrent en dialogue avec les philosophies pluralistes, qui s'efforcent de penser les liens nécessaires à l'équilibre des sociétés multiculturelles.Tout en élaborant une poétique pluraliste, fondée sur l'art de manier les multiplicités, cet essai met en lumière la pensée du politique qui structure ces romans. Il montre avec quelle sensibilité aiguë les romanciers incarnent les échecs répétés de la vie en commun, et quelles armes ils nous donnent pour tenter de les dépasser. Servi par une grande clarté d'écriture, il est aussi une invitation réjouissante et neuve à la lecture de ces oeuvres fascinantes.

  • Le point sur la nouvelle fiction aux Etats-Unis montrant que l'héritage formel des années 1940 et 1950 a été assimilé et transcendé.

  • Dès son adolescence aux États-Unis, Henry James a été un lecteur passionné de littérature française. Sa découverte de Balzac, « notre maître à tous », fut décisive dans sa formation personnelle de romancier majeur. À Paris, en 1876, il fréquenta le cercle de Flaubert, le glorieux aîné. Il y rencontra Zola, son exact contemporain, et Maupassant, de peu son cadet. Examiner leurs méthodes et leurs oeuvres, et en général suivre de près les parutions des auteurs français, fut pour lui un moyen surtout de mieux définir ses propres principes, soit par adhésion, soit le plus souvent par opposition. Nous avons choisi, sur Balzac, sur Flaubert, sur Zola, sur Maupassant, et sur Dumas fils, d'importants articles que James écrivit au tournant du XXème siècle. C'est en cette période que se dessina dans ses propres ouvrages une « troisième manière » annonciatrice de directions nouvelles, faisant de lui un des grands novateurs de la littérature mondiale.

  • Le paysage et l'amour, envisagés comme « le moyen par lequel un sujet pensant peut croire s'unir matériellement au monde », ont des pouvoirs qui se rejoignent : l'homme par leur entremise est « replongé dans ses eaux profondes, réaccordé magiquement aux forces de la terre ».De ce pouvoir, toute la littérature anglaise témoigne, qui, plus qu'une autre, inscrit le destin de l'homme dans le paysage. Une faille la parcourt, délimitant l'espace civilisé et l'espace sauvage. Ainsi se dessine l'opposition entre l'enfermement et la liberté, entre la contrainte exercée sur les instincts et l'affirmation du désir, entre une existence de surface et la vie essentielle, irréductible. Il suffit de penser, dans Les Hauts de Hurlevent, à la lande sauvage où Catherine Earnshaw vit sa passion puis sa mort, et au manoir de la Grive où habite Edgar Linton parmi les raffinements et les séductions de la richesse ; à Edgon Heath, dans Le Retour au pays natal de Thomas Hardy, la lande balayée par les pluies et les vents où vient mourir Eustacia, qui, telle Madame Bovary, rêvait du luxe et de la ville...Voici que resurgit, dans l'espace où se lit l'intégration ou au contraire le malaise des hommes, l'éternelle question posée par la société qui est celle de l'expression, ou de la répression, d'une violence première. Cette énergie fondamentale - qui règne dans l'enfance et que tout, par la suite, concourt à réduire et à discipliner -, il s'agira, au contact de la nature, comme dans l'union amoureuse, de la préserver, de la retrouver.

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