Tiers Livre Éditeur

  • Je l'ai croisé une seule fois, mais nous avions parlé longtemps.
    C'était juste avant qu'il disparaisse, en 1989. le visage de bernard-marie koltès, l'intensité de son regard, m'ont toujours accompagné depuis. c'est dans cette voix et ce regard que, depuis, je lis et relis ses textes. ce qui est étrange, c'est comment, à distance, on perçoit autrement : on s'attache à un détail, à une phrase, une image. cela vous hante, parce qu'on y découvre, même si longtemps après, des indications formelles vitales.
    Parce que cela se veut d'abord théâtre, exige le corps, la bouche et les lumières, c'est une manière unique de rythme, une torsion autre de la syntaxe, un déport dans le choix des objets nommés, qui ont ajouté à notre langue. une énigme, à la pointe de l'oeuvre de koltès, nous indique ce qui est aujourd'hui, pour l'exercice de la littérature, simplement nécessaire. examiner cela, au microscope s'il faut, c'est plus qu'un hommage, c'est honorer une dette.

  • Dans le village de Vendée, le mécanicien faisait tout : il avait vendu le premier tracteur, la première voiture, il s'occupait du monocylindre de la génératrice électrique quand l'électricité et l'eau courante sont arrivées vers les années 30, il faisait aussi chauffeur de la châtelaine, moniteur d'auto-école, ambulancier et disposait d'un papier spécial pour le transport des morts, qui lui rendrait bien service pour les évacuations clandestines de parachutistes pendant 39-45.
    Et comme on habitait, près de l'Aiguillon-sur-Mer, un marais plus bas que la surface de la mer, mon grand-père puis mon père réparaient aussi les pelleteuses sur la digue, et les Bolinder des pêcheurs qui progressivement laissaient la voile pour le moteur.
    Et c'est ainsi que toute une enfance se passe dans un garage, entre le Dodge et les Panhard ou les Dauphine, mais avec surtout l'évolution progressive, de 1965 jusqu'à ce qu'on s'en aille vivre sa propre vie, du panonceau Citroën.
    La vie de mon père s'est confondue avec celle de l'épopée automobile, la petite épopée : la façon dont elle a modelé le territoire jusqu'au bout des plus petites routes, celles qui menaient à notre village. Il avait aussi la photographie, sa caméra Super 8, et chaque vacances de Pâques nos équipées en 2CV pour voir les autres régions de France.
    Il partira brutalement, en décembre 2000, comme s'il n'avait pas voulu voir le nouveau siècle. Après le choc, c'est les rêves, les images, l'afflux en désordre de ce qu'on imaginait oublié. J'ai tout noté comme ça, à mesure que ça venait, tel que ça venait. Quelques semaines. Ensuite commence le deuil.
    Le livre paraîtrait le 11 septembre 2001. Le voici en numérique, avec un cahier de photographies inédites, les siennes.

    FB

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