Tiers Livre Éditeur

  • Au tout début, une commande d'Arte : un film de 20 minutes, associant un auteur, un réalisateur, et un acteur. J'ai triché : pour le film réalisé par Roman Goupil, et tourné de nuit dans un parking parisien, il y aurait deux acteurs : le gardien, en rôle muet, et cette femme qui l'apostrophe, d'abord depuis les écrans de surveillance, et puis directement. Et j'ai joué lourd : la part autobiographique, les rêves d'enfance, la perception de la ville. Le souhait surtout de retraverser ces vieilles et ancestrales formes de la tragédie rituelle. J'ai souvent lu ce texte en public. Une fois, un ami me demande: - Mais ça t'est venu comment ? Je me souviens que le lendemain je devais faire plusieurs heures de train, Montpellier-Bordeaux ou quelque chose comme ça. Alors j'ai cherché à savoir ce qui s'était passé dans l'invention de ce texte, et pousser la fouille au bout. Le livre est paru aux éditions de Minuit en 1996, et pour cette édition numérique j'ai gardé la structure en trois volets: le monologue Parking, ce texte sur «Parking comment et pourquoi», enfin l'adaptation pour trois acteurs, préparée pour Jean-Marc Bourg à Montpellier. FB

  • Fin 2003, on apprend la liquidation en Lorraine des usines Daewoo. Le groupe coréen, ayant bénéficié de larges subventions publiques, déménage ses machines en Pologne ou Turquie, où la main d'oeuvre est moins chère. Pourtant, quel bruit on avait fait autour de ces usines modernes, fabricant des biens d'équipement ménagers (télévisions, fours à micro-ondes) pour compenser la fin des aciéries dans cette symbolique vallée de la Fensch.
    Reportages, interviews, manifestations, déclarations et actions, Daewoo devient le symbole des luttes en Lorraine, dans un contexte où les dérapages violents marquent l'actualité. Qui met le feu à l'usine de Longwy ?
    Charles Tordjman, metteur en scène, directeur du Centre national de Nancy, décide d'ouvrir sa scène à ces paroles qui disent le temps vide, le sommeil absent, la révolte ou la solidarité. Mais quand nous entrons au culot dans l'usine de Fameck, en plein déménagement: plus rien. Archives envolées, et l'agence chargée du reclassement partie avec la caisse, porte close et faillite bidon.
    Alors nous décidons d'enquêter quand même. Pour moi, un journal de bord, à mesure des incursions à Fameck, des rencontres. Mais aussi une enquête virtuelle, dans cette période où l'Internet est balbutiant, pour retrouver rapports et témoignages.
    Et, comme il s'agit de rassembler en brèves scènes ces quatre voix de femmes que nous souhaitons comme l'architecture d'un quatuor musical, la construction d'entretiens fictifs, de scènes imaginées : ce qu'on appelle "roman".
    Sauf que bien souvent, en particulier pour ce personnage qui se suicide, auquel vous donnez le nom d'une des "Filles du feu" de Nerval, découvrir que la réalité avait déjà anticipé cela au plus près.
    Daewoo, théâtre, recevra un Molière, et Daewoo, roman (publication originale Fayard 2004), le prix Wepler.
    FB

  • C'est tout simple : avec un ami réalisateur, Fabrice Cazeneuve, nous sortions d'un rendez-vous à Arte. Nous leur avions proposé l'idée suivante : partir en petite équipe pendant plusieurs jours d'affilée sur les autoroutes du nord-est de la France, n'en jamais sortir, filmer tout ce qui nous arriverait, paysages, rencontres, événements.
    Et le refus avait été assorti de la réflexion suivante (notre interlocuteur de la chaîne de télévision) : - Mais qu'est-ce qui me dit que vous tomberiez sur des trucs intéressants ?
    Moi ça m'avait énervé. Fabrice Cazeneuve est quelqu'un de plus patient (ou de mieux habitué), il me dit : - Ce que tu devrais faire, c'est écrire tout ce qu'on pourrait rencontrer en partant comme ça sur la route...
    Alors, les jours suivants, avec mon Mac, une pile de cartes routières, une autre du magazine France Routes et autres journaux pour routiers (on n'avait pas encore Internet, mais je venais de lire le grand livre de Cortazár, "Les autonautes de la cosmoroute"), je me suis lancé dans un voyage fictif, ou virtuel comme on dirait maintenant.
    Cinq jours complets sur les autoroutes de France, par l'équipe de tournage d'un film qui n'existerait jamais.
    C'est comme ça qu'est né ce livre.
    FB

  • - Les mutations de l'écrit ont une portée considérable puisqu'elles affectent la façon même dont une société se régit. C'est ainsi que le passage de l' " imprimé " au " dématérialisé " induit, sous nos yeux, de nouveaux rapports à l'espace, de nouvelles segmentations du temps. Tout annonce que le web sera demain notre livre (qu'il soit imprimé ou électronique), cette mutation en engageant d'autres, dont François Bon se fait ici l'analyste selon trois axes d'exploration : l'axe autobiographique (ou Comment F. B. s'est approprié cette technologie et comment elle a bouleversé son travail), l'axe technique (ou Quelles sont les virtualités de ces technologies), l'axe anthropologique (ou Qu'est-ce que ces nouvelles pratiques induisent dans la culture).Passionnant et neuf.

    /> - Né en 1953, François Bon élabore depuis vingt-cinq ans une oeuvre littéraire cohérente et forte. Son travail d'écrivain est marqué depuis son premier roman, Sortie d'usine, paru chez Minuit en 1982, par une proximité avec le quotidien, la matière, la machine, par une attention aux personnes sans gloire, depuis Le Crime de Buzon (Minuit, 1986) jusqu'à Daewoo (Fayard, 2004). Parallèlement, il élabore une réflexion sur la littérature et l'écriture, qui l'a conduit à l'expérience des ateliers d'écriture, et a abouti à Tous les mots sont adultes (Fayard, 2000), puis à L'Incendie du Hilton (Albin Michel, 2009). Une remarquable trilogie musicale a fait événement ensuite : Rolling Stones (Fayard, 2002), Bob Dylan (Albin Michel, 2007), Led Zeppelin (Albin Michel, 2008).Mais depuis quelque temps, la vraie passion de François Bon, c'est le numérique. Son site en témoigne, la revue en ligne remue.net (qu'il a créée) aussi, et encore sa petite librairie en ligne...

  • Cela faisait dix ans que j'avais quitté l'univers des usines.
    Mon premier livre, "Sortie d'usine" (Minuit, 1982), transcrivait fictionnellement une expérience de presque 4 ans à Sciaky (Vitry-sur-Seine), entreprise pour laquelle j'avais mené plusieurs chantiers à l'étranger, sur des machines à souder par faisceau d'électrons.
    Mais, dans les images et les rêves qui restaient à hanter, se mêlaient bien plus large : les aciéries de Longwy en intérim dans les années étudiantes, la violence des bizutages aux Arts & Métiers (qui perdure, et qu'on ne dénoncera jamais assez), ou tel chantier de trois semaines dans une étrange et improbable usine au fond de la Sarthe, "Le tabac reconstitué". Ou ces 4 mois dans un centre nucléaire à Bombay en 1979 ("Les Indes noires").
    Alors commença pour moi une nouvelle sensation: l'impression que tout cela, à distance, pouvait se perdre si je ne l'écrivais pas, si je n'en tenais pas comme un journal rétrospectif.
    Accueilli cette année-là à Stuttgart par la fondation Bosch, je bénéficiai d'un accès à leur centre d'essai qui contribuait à faire jaillir ces images enterrées. Et notamment les plus anciennes, le grand-père devant son établi, dans le petit garage Citroën de Vendée.
    Ainsi est né "Temps machine". Rarement eu autant l'impression qu'un livre était ma propre trace, ma propre mémoire au-delà de ce que j'en peux tenir.
    Initialement publié chez Verdier en 1993, en voici une édition numérique révisée et augmentée.
    FB

  • En 1998, tout un hiver, chaque mardi 13h20, je franchis la porte du Centre de jeunes détenus de Gradignan, près de Bordeaux, pour y proposer un atelier d'écriture.
    Au tout début, je n'ai qu'un seul participant volontaire, Frédéric Hurlin. Victime de mauvais traitements, sans liens ni amis, quand il est libéré au mois de décembre il reçoit le soir même un coup de couteau fatal dans un squat près de la gare.
    Je ne sais pas encore que j'aurai à la même place, quelques semaines plus tard, l'auteur de ces coups de couteau.
    Tout l'hiver, à mesure des séances, c'est l'image de la ville qui s'inscrit, dite par ceux qui y sont à la frontière, ou les plus instables. Les routes, les parcours, les frontières, les mauvais rêves.
    Lorsque celui qui a remplacé Hurlin craque et écrit un jour, en atelier, cette phrase : lenvi de me donner la fin de ma vie, je sais que la tâche pour moi n'est plus ici, en tout cas je ne saurais pas l'assumer. Revenir à la table de travail, se saisir de ces mots et comprendre pourquoi ils ont fini par vous pousser vous-même à la limite.
    Un livre en résultera, "Prison", publié chez Verdier en 1998, suivi d'un procès qui ne sera pas facile non plus à vivre.
    C'est pour cela que le texte est suivi ici d'un certain nombre de pièces liées à cette première parution, rassemblées sous le titre "Écrire en prison", et inédites.
    FB

  • Dans le milieu des années 1990, la collection Page Blanche de Gallimard a revitalisé l'idée du roman dit jeunesse.
    Tout simplement peut-être parce qu'on ne cherchait pas à s'adresser à une tranche d'âge, ou à simplifier pour elle la vision du monde.
    Je crois plutôt, pour chaque écrivain invité à y écrire, qu'on cherchait à s'adresser à nous-mêmes, et s'approcher de ce qu'aurait été pour nous, à cet âge, le livre rêvé.
    Et pour moi, une seule piste: le goût du fantastique, de la légende, du mystère, était-il compatible avec la ville moderne?
    Pouvait-on se saisir d'un territoire avec immeuble, ascenseur, anonymat des cités, et retrouver les anciennes routes d'énigme?
    Quelques mois plus tôt, j'avais passé toute une année à Bobigny, au 14ème étage d'une tour de la cité Karl-Marx. Puis, juste avant d'écrire ce roman, j'avais accompagné une classe de 4ème d'un collège de cette même ville en atelier d'écriture.
    Mais on retrouvera au passage des silhouettes amies: si un personnage ressemble à Claude Ponti, et un autre à Jean Echenoz, il doit bien y avoir une raison...
    Ce livre, à sa parution en septembre 1995, à obtenu le prix Télérama au Salon du livre de jeunesse de Montreuil. C'est assez de plaisir pour en proposer aujourd'hui une version numérique.
    FB

  • Rolling Stones, une biographie, paru aux éditions Fayard en septembre 2002, repris peu après au Livre de Poche et constamment réédité depuis lors, est la première tentative d'une approche globale, en français, d'une histoire monumentale: les années 60 vues à travers l'histoire des Rolling Stones. Avant tout, la déplier, cette histoire.

empty