• Il était une fois, dans un grand bois, une pauvre bûcheronne et un pauvre bûcheron.
    Non non non non, rassurez-vous, ce n'est pas Le Petit Poucet ! Pas du tout. Moi-même, tout comme vous, je déteste cette histoire ridicule. Où et quand a-t-on vu des parents abandonner leurs enfants faute de pouvoir les nourrir ? Allons...
    Dans ce grand bois donc, régnaient grande faim et grand froid. Surtout en hiver. En été une chaleur accablante s'abattait sur ce bois et chassait le grand froid. La faim, elle, par contre, était constante, surtout en ces temps où sévissait, autour de ce bois, la guerre mondiale.
    La guerre mondiale, oui oui oui oui oui.
    J.-Cl. G.
    Prix spécial du jury du prix des Libraires 2019.
    Prix des lecteurs L'Express/BFMTV 2019.

  • Pendant un an, Annie Ernaux a tenu le journal de ses visites à l'hypermarché Auchan du centre commercial des Trois-Fontaines situé en région parisienne. « Voir pour écrire, c'est voir autrement », écrit-elle. On redécouvre en effet à ses côtés le monde de la grande surface. Loin de se résumer à la corvée des courses, celle-ci prend dans ce livre un autre visage : elle devient un grand rendez-vous humain, un véritable spectacle. Avec ce relevé libre de sensations et d'observations, l'hypermarché, espace familier où tout le monde ou presque se côtoie, atteint la dignité de sujet littéraire. Annie Ernaux est écrivain. Elle est notamment l'auteur de La Place (1984), La Honte (1997), Les Années (2008) aux Éditions Gallimard.

  • Brasserie parisienne, restaurant étoilé, auberge gourmande, bistrot gastronomique, taverne mondialisée, cantine branchée, Mauro, jeune cuisinier autodidacte, traverse Paris à vélo, de place en place, de table en table. Un parcours dans les coulisses d'un monde méconnu, sondé à la fois comme haut-lieu du patrimoine national et comme expérience d'un travail, de ses gestes, de ses violences, de ses solidarités et de sa fatigue. Au cours de ce chemin de tables, Mauro fait l'apprentissage de la création collective, tout en élaborant une culture spécifique du goût, des aliments, de la commensalité. À la fois jeune chef en vogue et gardien d'une certaine idée de la cuisine, celle que l'on crée pour les autres, celle que l'on invente et que l'on partage. Maylis de Kerangal est écrivain. Ses romans et ses nouvelles sont publiés aux Éditions Verticales. Elle vit et travaille à Paris.

  • Cette enquête porte sur les esthéticiennes, dont le métier consiste à s'occuper du corps des autres, pour leur bien-être et leur agrément. Privilège de celles qui rendent belle ; abaissement de celles qu'on admet dans son intimité. On se confie, on s'accorde un moment à soi. Mais ces spécialistes du corps ne se contentent pas d'épiler ou de masser. Elles jouent aussi le rôle du psy, du coach, de l'infirmière, de l'assistante sociale, dans les instituts où elles travaillent - ces fabriques de la beauté moderne.Ivan Jablonka est historien et éditeur.

  • Depuis qu'elle a été adoptée par Mrs Winterson, Jeanette a toujours lutté. Contre sa mère et sa morale religieuse stricte, contre ceux qui l'empêchent d'aimer et de vivre comme elle l'entend. Heureusement, elle a rencontré les livres. Et les mots sont devenus ses alliés. Jeanette écrit pour réinventer sa vie, s'extirper du gris, apprendre à aimer et être libre enfin.

  • « Chérie, je vais à Charlie » : tels sont les derniers mots que Georges m'a lancés, en ce matin du 7 janvier. Trois heures plus tard, l'attentat fera douze morts. Parmi eux, Georges, frappé par quatre balles de Kalachnikov. Quarante-sept années de vie commune fracassées. J'oscille entre insomnies et cauchemars, sidération et déni, enfermement et colère, obsédée par cette question : comment une scène de guerre a-t-elle pu se produire, en France, dans les locaux d'un journal satirique ? Puisant ma force dans le chagrin, j'ai cherché à comprendre, à travers le récit de cette journée du 7 janvier 2015 et de ses suites, où se trouvaient les failles. De cette quête, je suis sortie anéantie. Désormais, je suis celle qui va. M. W. Maryse Wolinski est journaliste et écrivain. Elle est l'auteur de plusieurs récits et romans dont Georges, si tu savais (Seuil, 2011) et La Passion d'Edith S. (Seuil, 2014).

  • Après le succès des Brèves de comptoir, Jean-Marie Gourio a repris son tour de France des bistrots, rouvrant quelques dizaines de bars dans sa mémoire et nous présentant ces clients qui l'ont marqué et qu'il a aimés. Quarante textes courts, quarante cafés comme autant de petits théâtres d'atmosphère différente, dont l'auteur pénètre l'humanité universelle. Une belle invitation à venir s'accouder au comptoir et à observer les personnages qui s'y croisent. Au détour des conversations, les petites phrases surgissent, attrapées au vol avant qu'elles ne s'effilochent dans l'air du bar.
    Jean-Marie Gourio est l'auteur de nombreux romans, ainsi que des fameuses Brèves de comptoir. Il a travaillé pour le magazine Hara-Kiri, puis pour Charlie Hebdo, et a participé à l'écriture de films et d'émissions de télévision, notamment Palace.

  • " C'était un soir de blues après mon éviction sauvage de la télévision. J'argumentais en vieux con à grands coups de "c'était mieux avant', le tout accompagné d'un spleen qui oscillait entre le découragement et, quand même, la satisfaction du devoir accompli. Alors une jeune fille m'a offert une phrase inoubliable. Un proverbe indien : Si tu vois tout en gris, déplace l'éléphant !
    J'ai applaudi. Double déclic. D'abord l'évidence qu'il fallait bousculer le pachyderme. Virer la grisaille qui encrassait mes enthousiasmes. Et ensuite, m'est venue l'idée d'écrire ce livre.
    Alors voilà ! Je vais t'offrir des phrases inoubliables. Des répliques de la vie courante que j'ai entendues ou qu'on m'a rapportées. Inédites. Des fulgurances à rendre jaloux tous les dialoguistes du monde. Leur brièveté en dit souvent bien plus long qu'un discours ou qu'un traité philosophique. Elles sont le reflet de ce que l'âme humaine a de futile ou de grave.
    L'humour, La mort, la vie, la dérision, la maladie, l'espoir, le dépit, l'amour. Un miroir de nous. "
    Avec sa truculence, son humour,sa gravité parfois, et toujours son humanité, Patrick Sébastien signe un ouvrage savoureux, à consommer sans modération.

  • Parti sur les traces de Robert Desnos et de son séjour à Cuba en 1928, le narrateur arpente les rues de La Havane, découvre les nombreuses églises et les bars, flâne sur le Malecón pour y capter le " réel merveilleux " auquel il finira par succomber. Au fil de ses séjours, il croise des personnages hauts en couleur, dont un ancien guérillero, des musiciens, des anonymes extravagants rêvant de départs, une riche New-Yorkaise qui attend la chute du castrisme, une mystérieuse infirmière, un prêtre de la santería... Des souvenirs remontent : une amante ensorceleuse, un chauffeur de taxi fanfaron, des poètes et des cinéastes, ainsi que des figures illustres – Sartre et Beauvoir enflammés par la révolution, Alejo Carpentier, Lezama Lima, le boxeur Kid Chocolate, Paul Morand, le coureur automobile Fangio (kidnappé par les barbudos), Hemingway, Allen Ginsberg, García Lorca et quelques invités surprises, tels que le jeune Leonard Cohen ou encore Anaïs Nin.
    Avec cette sarabande baroque, traversée par les sursauts de l'Histoire, saturée de lumière, de rêves, de parfums et de corps, Thierry Clermont poursuit sa fréquentation des îles, entamée par le récit vénitien San Michele, paru en 2014.

  • Féru d'histoire et de navigation, le journaliste et écrivain Laurent Joffrin est parti en mer dans le sillage de la flotte du fervent catholique Philippe II, déterminé à conquérir l'Angleterre protestante.
    C'était un soir de novembre à Ramsgate. Pleg Mor roulait doucement au mouillage. Je racontais à l'équipage l'odyssée de l'Invincible Armada lancée à l'assaut de l'Angleterre protestante, quand l'idée apparut : pourquoi ne pas refaire sur mon voilier le périple de la flotte espagnole, dont le sort funeste a changé le cours de l'Histoire ? Pourquoi ne pas en tirer un roman vrai qui raconterait la mer et les batailles, mêlant le récit d'hier et celui d'aujourd'hui, la grandiose défaite des galions et les humbles aventures d'un sloop fragile naviguant dans leur sillage, au milieu des courants de la Manche, des brouillards de la mer du Nord, des bancs de sable de la Flandre, des lochs écossais et des tempêtes irlandaises ? Un voyage dans l'espace et dans le temps, qui ferait revivre les affres de Medina Sidonia, l'amiral espagnol, les ruses de Francis Drake, le corsaire de la reine, et la vie terrible des marins du XVIe siècle. Un livre de mer qui serait aussi un livre d'histoire, un carnet de route au fil des côtes embrumées et des siècles évanouis, un tour de Grande-Bretagne sur un esquif de onze mètres qui revisite les stations du calvaire de l'Armada. Ce livre de bord et d'épopée, trois ans plus tard, le voici.

  • " En tant que femme, devrais-je trouver impensable de ne pas être vue et traitée comme une chose, un objet, un corps disponible et utilisable à merci ? Quel présupposé absurde : trouver naturel que des êtres ne se déplacent jamais sans ressentir la crainte, partout et en tout lieu, d'être l'objet d'un autre. Comment des parents sont-ils censés expliquer ça
    à leurs enfants, comment des générations de mères (ou de pères) ont-ils pu l'expliquer ? " Carolin Emcke
    Le phénomène MeToo a fait l'objet de nombreux commentaires : étape décisive dans l'émancipation des femmes ou nouvelle expression du totalitarisme de la transparence ? Loin des jugements hâtifs, ce livre revient sur ces voix qui se sont fait entendre
    pour la première fois. Interrogeant les liens entre le langage et le désir, Carolin Emcke livre une analyse inédite des expériences contemporaines du corps.
    Née en 1967, Carolin Emcke est l'une des plus belles figures de la vie intellectuelle allemande. Elle a été grand reporter de guerre de 1998 à 2013 et a notamment couvert les guerres du Kosovo, du Liban et d'Irak. Contre la haine et Notre désir ont été traduits au Seuil en 2017 et 2018.
    Traduit de l'allemand par Alexandre Pateau.

  • Un soir, Anny Duperey s'est dit que son jardin était trop calme. Alors pourquoi ne pas y élever des poules ? Ni une, ni deux et voilà un poulailler de 7m2 dans lequel batifolent les gallinacés. Anny connaît peu le monde des animaux à plumes, mais elle décide de tout apprendre de ces " personnes animales ". Nourri d'anecdotes, d'observations et de réflexions, cet ouvrage nous offre un retour à la nature salutaire, dans une société étouffante. À quand les poules sur le balcon ?

  • 2004. Maggie Nelson travaille à un recueil de poésie, Jane : A Murder, livre qui revisite l'histoire de sa tante Jane Mixer, assassinée en 1969 dans le Michigan. Trente-cinq ans plus tard, l'affaire est encore irrésolue. Tout va basculer lorsque l'auteur reçoit un appel de sa mère lui annonçant que la police a trouvé un nouveau suspect, un certain Leiterman, sexagénaire et infirmier à la retraite. Un procès aura lieu. Nelson va y assister avec sa mère et son grand-père, contraints de se confronter à nouveau aux images choquantes du meurtre et à un passé enfoui dans la mémoire familiale. Nelson n'oublie pas. Celle que son grand-père ne peut s'empêcher d'appeler "Jane' par mégarde se reconnaît dans cette femme qu'elle n'a pourtant jamais rencontrée, dont la vie et le destin font écho à ses propres questionnements.
    Avec Une Partie rouge, Maggie Nelson nous offre une méditation sur ces fantômes qui peuplent nos vies et que l'on tait. L'auteur crée une forme hybride et poétique qui impose une réalité brutale au silence pesant, la juge, la confronte et la fait plier par l'écriture.

  • Depuis longtemps, Jean-Christophe Bailly s'intéresse à la ville. Il s'y promène, y rêve, l'observe et l'analyse. Il en a le souci, et le désir. Les textes ici réunis vont de l'approche théorique (la ville comme langage et comme mémoire, la tension utopique de l'espace) à des considérations plus concrètes, notamment sur la politique de la ville et la question des banlieues. Sans que jamais ne soit abandonnée une approche plus sensible, qui fait la part belle à la promenade comme méthode : cela même à quoi les lecteurs du Dépaysement ont été familiarisés.Défini comme un devenir illimité, aux bords de plus en plus imprécis, le phénomène urbain est abordé comme un énorme puzzle dont toutes les pièces ne coïncident pas toujours forcément entre elles, ne serait-ce qu'à cause de l'écart entre les « pièces montées » de l'architecture et le bricolage de la ville en train de s'inventer et se réécrire sans fin.

  • « Je suis, depuis des mois, travaillé par une question lancinante, qui revient cogner en moi comme une migraine, récurrente, familière. Pourquoi de jeunes hommes et jeunes femmes, nés dans mon pays, issus de ma culture, dont les appartenances semblent recouvrir les miennes, décident-ils de partir dans un pays en guerre et de tuer au nom d'un Dieu qui est aussi le mien ? Cette question violente a pris une dimension nouvelle le soir du 13 novembre 2015, quand cette évidence effrayante m'a déchiré intérieurement : une partie de moi venait de s'en prendre à une autre partie de moi, d'y semer la mort et la douleur. Comment vivre avec cette déchirure ? Ainsi a pris forme, peu à peu, ce dialogue épistolaire entre un père et sa fille partie faire le djihad... Ce dialogue impossible, difficile, je l'ai imaginé. » R. B. Enseignant, islamologue et chercheur associé au Fonds Ricoeur, Rachid Benzine tente de penser dans ses travaux un islam à la hauteur de notre temps. Auteur d'un livre de référence, Les Nouveaux Penseurs de l'islam (Albin Michel), il a publié récemment Le Coran expliqué aux jeunes (Seuil) et, avec Christian Delorme, La République, l'Église et l'islam. Une révolution française (Bayard).

  • La pensée de David Samuels est aussi luxuriante que les paysages du Brésil où il a grandi, aussi sinueuse que son histoire familiale, mêlant tradition judaïque et trafic nippo-américain de machines à sous. Car cette pensée est à l'image du réel : inclassable, inquantifiable, retorse à toute tentative de simplification. Et cette réalité dont il accepte volontiers de s'encombrer – dût-il, pour cela, user de tranquillisants et frayer dans l'univers interlope des maisons de repos – se retrouve aujourd'hui menacée par les formules algorithmiques qui inondent notre quotidien.
    Recueil de reportages couvrant les années 1990 et 2000, puis les années Obama jusqu'à l'accession au pouvoir de l'imprévisible Trump Seul l'amour peut te briser le coeur dresse le bilan d'une descente aux enfers qui ne dit pas son nom, un cocktail d'articles qu'un barman déluré et aussi frappé que les personnages du livre aurait pu surnommer l'American Death Trip. Brillante et subversive, cette anthologie de textes à la frontière de l'essai et de la nouvelle brosse un portrait sans concession de l'Amérique.

  • Martin Page répond aux lettres d'une jeune écrivaine prénommée Daria. Tout en lui donnant des conseils d'écriture, il esquisse des moyens de se débrouiller avec le monde, avec le milieu littéraire, avec ses propres névroses et fragilités. Au fil de ce dialogue, il brosse aussi une sorte d'autoportrait. Entre dépression et exaltation, il nous parle de l'art sauvage de l'écriture, un art encore jeune, riche de possibilités. Sans escamoter la dureté sociale ni la réalité des coups et des blessures, il défend l'imagination comme forme de résistance et de création intime. La littérature est un sport de combat autant qu'un des grands plaisirs de l'existence. Martin Page est né en 1975. Il est l'auteur, entre autres, de Peut-être une histoire d'amour et, dernièrement, de L'Apiculture selon Samuel Beckett. Il écrit également pour la jeunesse. Retrouvez l'actualité de l'auteur sur son site : http://www.martin-page.fr/

  • La Barbe

    Omar Benlaala

    Omar retrace dans ce livre un itinéraire précurseur, le sien : comment, jeune Français d'origine algérienne, il est devenu, au milieu des années 1990, l'un des premiers « barbus ». Il raconte les étapes successives de sa quête d'identité : décrochage scolaire, apprentissage accéléré de l'islam dans les mosquées de la région parisienne, voyages initiatiques à travers le monde, puis défonce sur les pistes de danse. Au terme de ces expériences, il trouve finalement son équilibre dans une pratique spirituelle apaisée. Il y a dix ans, alors qu'un nombre croissant de jeunes font le choix de l'islamisme, Omar coupe sa barbe et redevient invisible. Commence alors pour lui une nouvelle quête, ne visant plus ni l'absolu ni la distinction, celle du calme intérieur. Le parcours singulier d'Omar aide à comprendre celui d'autres jeunes qui, aujourd'hui, se cherchent dans la religion.Avec La Barbe, la collection accueille pour la première fois un auteur du site raconterlavie.fr.Omar Benlaala y a publié plusieurs récits. La Barbe est son premier livre. Sa trilogie romanesque sera bientôt accessible en ligne sur gabrielsanto.com.

  • " Si vous faites bien attention où vous mettez les pieds, tout semble aller pour le mieux. Certes, à Londres, l'afflux d'argent planétaire ainsi que le flot d'étudiants et de jeunes travailleurs venus de toute l'Europe ont donné à la ville un aspect plus stylé et plus cosmopolite que jamais. Mais si ces visiteurs franchissaient le cercle de lumière et s'aventuraient vers le Nord, ils découvriraient un autre monde. Ce monde est en ruine. " À l'envers de l'Angleterre bien propre de Tony Blair, il en existe une autre : sale, pauvre, bruyante, cassée, parfois délirante. C'est l'Angleterre marginale, celle où se mêlent les utopies et les détresses. Nik Cohn y a rencontré les clochards, les exclus, les SDF, les junkies et les prostituées qui forment cette immense " République " où cohabitent tous les accidentés de la vie. Édition augmentée d'une postface inédite de l'auteur. Traduit de l'anglais (États-Unis) par Elisabeth Peellaert.

  • Comment devient-on SDF et comment survit-on dans la rue ? Pour le savoir, Hubert Prolongeau a partagé pendant quatre mois la vie des sans-abri. Il livre ici le fruit de cette expérience et en dresse un douloureux inventaire : une chronique de l'existence quotidienne de ceux que la société refoule, leur souffrance et les moyens d'y échapper, l'ennui, le sexe, l'alcool, la honte et la méfiance des autres. Né est 1962, Hubert Prolongeau est écrivain et journaliste indépendant. Il est notamment l'auteur de plusieurs biographies et essais sur la nouvelle pauvreté et le monde du travail parallèle. « L'extrême précarité n'est plus honteuse. Elle est ordinaire. » Le Nouvel Obs Nouvelle édition, enrichie et mise à jour

  • Il y a 15 ans, un soir de février, Elena Lappin, qui vit à Londres avec son mari et ses enfants, reçoit un étrange coup de téléphone en provenance de Moscou : un homme qui prétend être son oncle lui révèle que son père " officiel " n'est pas son vrai père. C'est le début d'une incroyable enquête qui, de la Russie à la Tchécoslovaquie, de l'Allemagne à Israël, jusqu'au Canada et aux U.S.A., la conduit à repenser complètement son histoire. Celle d'une famille de Juifs émigrés, où l'on parle 5 langues, qui représentent, à leur manière, un moment de la mémoire de l'Europe. Dans quelle langue est-ce que je reve ? résonne comme l'interrogation principale de ce texte. Par-delà le déracinement, les bouleversements politiques et culturels, les ruptures personnelles, comment définir la langue de ses rêves ? Car découvrir sa langue, c'est aussi découvrir qui l'on est. Traduit de l'anglais par Matthieu Dumont

  • Edmonton au Canada, Pékin, Kuala Lumpur, Dubaï, Casablanca: un tour du monde en cinq escales, choisies parce qu'elles abritent ces monstres du commerce mondialisé que sont les malls géants. Prétendant transformer la planète en parc d'attractions pour consommateurs manipulés, ces centres commerciaux démesurés sont comme des villes à l'intérieur des villes, avec vocation à absorber la ville réelle. On y vient de loin, on y fait tout, manger, dormir, se divertir, nager, skier, se photographier, acheter, naturellement; mourir, éventuellement, bien que la seule chose qui ne soit pas prévue, ce sont les cimetières.
    L'auteure y fait ou y suscite des rencontres, usagers, employés, cadres commerciaux à l'inénarrable discours d'extraterrestres. Elle nous dresse les portraits étonnants des bâtisseurs de ces " meilleurs des mondes " ménageant à la fois le stéréotype (les mêmes marques internationales partout) et l'inattendu, le spectaculaire, l'insensé. Elle promène sur ces immenses miroirs aux alouettes un regard curieux, critique, ironique sans être jamais malveillant, de plus en plus halluciné à mesure qu'elle avance dans son étrange voyage.
    Née en 1977 à Busan en Corée du Sud, Rinny Gremaud est journaliste. Elle vit et travaille à Lausanne.

  • Anthony a 27 ans. Il habite la banlieue lyonnaise. Il raconte dans ce livre le choc qu'a été pour lui la découverte du monde du travail après avoir décroché du lycée à 16 ans. Son itinéraire est révélateur de l'actuel mouvement de reprolétarisation qui touche de nombreux jeunes qui lui ressemblent. Anthony est emblématique de ces ouvriers d'aujourd'hui, dont la vie professionnelle est marquée par le triple sceau de l'incertitude, de la précarité des statuts et de l'absence de recours à l'action collective. À travers lui, c'est donc une nouvelle classe ouvrière, travaillant ici dans le monde des entrepôts et de la logistique, que l'on découvre.Son histoire est aussi celle d'une personne qui a appris à garder la tête haute et à résister.

  • «La mort était chez nous comme chez elle.Elle a saisi mon père le 6 juin 1945, tout juste un an après le Débarquement. Il avait quarante-neuf ans, je venais d'en avoir huit.
    Au mois d'octobre précédent, elle avait déjà fauché mon frère aîné, Marcel, qui avait vingt-deux ans. L'un puis l'autre furent victimes du bacille de Koch, la tuberculose restant, à l'heure d'Hisroshima, la grande pourvoyeuse des cimetières d'Europe. Il y a toujours des gens qui meurent trop tôt. À quelques mois près, mettons un an ou deux, ils étaient sauvés par l'arrivée en force des antibiotiques, du Rimifon et tout ça. C'est comme ceux qui prennent les dernières balles de la guerre, juste avant le coup de clairon de l'armistice."Papa est mort", m'a dit ma soeur Geneviève, en me tirant du lit.
    Je ne suis pas sûr d'avoir éprouvé d'émotion. Je n'étais qu'un jeune barbare occupé de ses billes et de ses soldats de plomb. Depuis des années, du reste, mon père était lointain, épisodique, ballotté d'un sana à l'autre. Je manquais de relations avec lui. De toute façon, il était pètesec et sujet à de redoutables colères.»

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