• L'oeuvre d'Anne Hébert et son influence sur le monde littéraire francophone justifient largement la vaste quantité d'études qui lui sont consacrées. Parmi celles-ci, le travail colossal de Daniel Marcheix se démarque à plusieurs égards. S'employant d'abord à étudier les divers effets de temporalité mis en jeu au sein de l'oeuvre hébertienne, il explore les différentes relations temporelles ainsi que leurs constituantes en illustrant son propos d'exemples riches et éloquents, guidant le lecteur dans un parcours éblouissant.
    Motivé par l'intuition d'une « temporalité poreuse, profonde et dense », qui met en scène des personnages « aux prises avec le rappel incessant d'une meurtrissure première, originelle, source d'aliénation et de déréliction », Daniel Marcheix entre dans cet univers avec un respect et une admiration qui se manifestent de plusieurs façons, sa connaissance intime des textes n'étant pas la moindre. Un parcours solide, encadré par des références théoriques pertinentes, lui permet de remonter le fil de la narrativité pour faire la démonstration de ce mal d'origine, de ce passé qui hante les personnages d'Anne Hébert, les empêchant d'advenir réellement au présent du récit.

  • Les parcours identitaires fictifs que donnent à lire de nombreux récits contemporains se nourrissent de leur ancrage dans la phénoménalité du sensible. Cet ouvrage est consacré à l'étude de cette corrélation, aux modalités de sa mise en discours et à ses effets en termes de signification. Les oeuvres analysées sont algériennes, françaises, québécoises et appartiennent donc à la littérature de langue française considérée en extension, sans les insidieuses hiérarchisations dont est trop souvent porteuse la notion de littérature francophone. L'auteur y examine les opérations énonciatives et narratives par lesquelles se déploient les expériences sensibles de personnages qui sont d'abord et avant tout des corps sentants et percevants. Puis il montre comment de ces modes de présence au monde sensible surgissent des formes de vie qui sont précisément les manifestations signifiantes d'identités conçues comme des effets induits par les ressources formelles des textes.

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