• L'Occident ne se confond pas avec le territoire européen ; il désigne aussi une frontière indécise, l'horizon mouvant du soleil couchant, le pays du soir. C'est cette rencontre, dans le roman moderne, entre une représentation géopolitique et un archétype astral que commente cet essai. Une communauté de questionnements sur la condition occidentale nourrit les oeuvres de Th. Mann, de F. Kafka et d'A. Cohen, trois auteurs européens qui, tout à la fois, sont et ne sont pas d'Occident. La Montagne magique relate le déchirement de l'âme allemande entre la civilisation européenne et les tentations orientales à la veille de la Grande guerre. Les romans de Cohen sont construits autour d'une confrontation entre un univers judéo-oriental et les séductions politiques et érotiques de l'Occident moderne. Le Disparu et Le Château de Kafka sont autant de fables de l'extrême Occident : celle de l'exil américain ou du combat contre l'administration du comte Ouestouest. Les trois oeuvres explorent l'Occident dans son ambivalence (mythe d'autochtonie ou dynamique de déracinement, mythe du déclin ou utopie du progrès, mythe du sens ou idéologie de la puissance), à travers les itinéraires problématiques d'embusqués de l'existence, d'adolescents ingénus, d'imprécateurs amoureux, de juifs en errance ou d'arpenteurs sans mandat. Et si l'expérience occidentale était, avant tout, celle de la mise en crise de tout principe identitaire ? Par la variété de ses enjeux (poétiques, politiques, spirituels), l'étude s'adresse à un public d'étudiants et de chercheurs en littérature française, germanique et comparée, ainsi qu'à tous ceux qu'intéresse la réflexion contemporaine sur la culture européenne.

  • Le sillage de Kafka, c'est la postérité paradoxale d'un écrivain dont la stérilité en tous domaines était devenue le tourment, et qui n'en a pas moins inexorablement transformé notre manière de lire, d'écrire, et d'appréhender le monde. L'oeuvre de Kafka a été méditée - jusqu'à l'obsession -, célébrée - jusqu'à l'idolâtrie -, imitée - jusqu'au maniérisme. Sa personne même est devenue un mythe littéraire. La modernité fait un usage immodéré de la notion de « kafkaïen » pour caractériser ici un système politique, là une crise identitaire, tantôt une impuissance à agir, tantôt une incapacité à comprendre. Sillage de Kafka invite à une traversée des arts et de la littérature, tels que cette oeuvre les a transformés et ébranlés. On y croisera Sartre, Anders, Deleuze, Coetzee, Kertész...

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